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Les gens qui racontent leurs voyages sont d'un ennui maladif. Le problème, c'est qu'ils partent en Inde y reproduire ce qu'ils voient dans les reportages sur Arte, sans rien en tirer de personnel, sans en tirer aucune expérience, ils le font simplement "en vrai". Même leurs anecdotes ont une odeur de documentaire.

C'est cette valeur suprême accordée à "l'expérience", au "vécu", qui a précisément détruit l'expérience. Vivre ce que l'on fait, regarder ce que l'on voit, écouter ce que l'on entend, tout ça ne vaut rien. Qu'importe qu'on se soit ennuyé devant 2001, du moment qu'on l'ait "vu". Dans une société où tous les avis se valent, cette "expérience", c'est l'autorité absolue.
Pas besoin d'expliquer en quoi un voyage vous a réellement transformé, puisqu'on sait très bien que tout le monde s'en fiche. Mieux, on espère intimement que ça n'a rien changé, et que vous êtes bien resté un "voyageur" sage qui donnera donc ses devoirs de voyage à ses connaissances : des photos "clichées" ("tenir" par la perspective la tour de Pise, poser devant/dans un pub à Dublin ou pire jouer l’ethnologue/reporter-humaniste en se prenant avec des "autochtones" et en expliquant à quel point ces gens là sont géniaux à des compatriotes si banalement occidentaux et donc à quel point nous, on est différent au fond, le tout partagé sur twitter, facebook et instagram).
Voilà à quoi se résume l'expérience : des preuves.

"Y a pas grand chose à voir" peut-on entendre de la bouche de certains, au sujet d'un musée, d'une ville, etc. Dans un sens, ces personnes n'ont que trop raison, pour eux il n'y a rien à voir. Ils ont la même critique au sujet d'une ville qu'un fan de film d'action devant Le Procès d'Orson Welles. Pour eux il ne se passe jamais rien s'il n'y a pas des choses à "raconter". Ce sont les mêmes qui se disent cinéphiles car ils adorent Tarantino. Le "scénario" a remplacé entièrement le cinéma. Les "répliques cultes" ont remplacé une vision du mouvement. Les preuves donc, voilà tout ce qui compte : la visite de tels monuments ou tels musées ou le fait d'avoir pu savourer des produits locaux par exemple. Qu'importe qu'ils soient peut-être fabriqués au même endroit que ces mêmes produits "locaux" qu'on trouve dans le supermarché du coin de chez nous, ils sont plus "vrais" et plus "locaux" car ils sont consommés "là-bas". Qu'importe également que la photo qu'on ait prise du monument ou d'un tableau n'ait absolument aucun sens esthétique ou qu'on y voit plus sa figure qu'autre chose, elle est plus "vraie" car elle atteste du "j'y étais".


Ce sont d'éternels visiteurs de musée qui veulent tout voir sans jamais regarder. Le monde est leur Louvre. La plupart s'empresse ainsi de voir les Venus de Milo et autres Joconde, de se prendre en photo devant pour la preuve. D'autres vont admirer les plats des "Arts de l'Islam" pour faire plus "connaisseur". Eux, ce sont sans doute les pires.
Le genre de personne qui préfère donner de l'argent pour une oeuvre caritative qui s'occupe d'enfants à l'autre bout du monde que pour le père de famille qui fait la manche en bas de la rue.
Ils représentent ainsi ce qu'il y a de plus pervers dans la mondialisation, appauvrir toute culture en en faisant un produit... et même appauvrir la pauvreté en en faisant un produit. Faire en sorte que tout soit un "flux", qu'un simple don d'argent ait une valeur ajoutée quand il "voyage" plus.
"Le temps c'est de l'argent" est ainsi devenu "l'espace-temps c'est de l'argent".
Les Lettres Persanes sont bien loin...


Par hasard, je retrouve un jour un livre de Michel Onfray offert par ma tante libraire qui traînait dans des cartons. Je lis le résumé sur la couverture, par curiosité sans doute assez malsaine, pour me moquer. Je suis assez satisfait à ce niveau, comme toujours avec lui, mais ce type si tenace de bêtise finit forcément par me déprimer. Voyager c'est "expérimenter un genre de panthéisme extrêmement païen", dans un style de concept bien publicito-philosophique qui fait le recette de cet auteur. Puis, "l'élection de la planète tout entière pour son périple vaut condamnation de ce qui ferme et asservit : le Travail, la Famille, la Patrie, du moins pour les entraves les plus visibles, les plus repérables."
Outre la critique "je me bats contre des Jean Moulin à vent" du slogan pétainiste, ce qui est déprimant ici est cette victoire d'une idéologie consumériste qui fait du "voyage" une chose sainte (mais de façon païenne, bien sûr) et de toutes les structures qui ne laissent pas s'exprimer aveuglement cette idéologie des "entraves".
L'amour on n'en parle pas. Mais voilà une autre entrave. Les gens qui voyagent ne peuvent pas aimer. Voyager c'est une espèce d'égoïsme réellement pauvre. Une idée de la liberté pré-pubère. Un façon d'être mystique sans corps et sans âme. Un vrai voyageur n'a t-il pas compris qu'on peut bouger plus en restant sur place qu'en se déplaçant en avion ?
C'est exactement l'appareil qui permet à Onfray de confirmer son consumérisme "anti-clérical" :

"S'éprouver homme dans la carlingue de cet instrument transformé en énergie et en vitesse métamorphose l'âme plus sûrement qu'une lecture des Evangiles"
Michel Onfray, Théorie du Voyage - Poétique de la géographie 

Oui, les gens qui racontent leurs voyages sont vraiment d'un ennui maladif...

Il y a une bien-pensance généralisée, une pensée-unique en France, et elle consiste à toujours plaindre les pauvres parce que la vie est difficile pour eux tandis que les riches sont des salauds et des méchants, et qu'en gros c'est leur faute si les pauvres sont pauvres, puisque s'ils étaient moins riches les pauvres seraient moins pauvres. Du coup, la justice, dans ce pays, c'est prendre aux riches pour donner aux pauvres, même qu'il y a des gens qui sont payés pour ça. Au lieu de donner l'argent directement aux pauvres, les cons !

Heureusement, au nord du Bois de Boulogne se cache un héros. Un homme qui a compris que dormir et regarder la télé toute la journée n'avait rien de difficile et qu'être en plus payé pour ça n'avait rien à voir avec la justice. Cet homme, qui c'est ? Je vais vous le dire. Cet homme c'est Robin des Bois de Neuilly. Sa devise ? "Voler aux pauvres pour donner aux riches".

Pour vous, j'ai réalisé une interview exceptionnelle de ce Diogène des temps modernes :

DT : Robin des Bois, dites moi, c'est du déjà vu non ?

RDB : Bien, je vole aux pauvres voyez-vous, et des fois les plus grandes richesses n'ont pas de prix. Avant toute chose donc, j'ai volé aux pauvres un symbole, et non des moindres. Mais les pauvres ne devraient pas le réclamer (décidément c'est à se demander s'ils ne savent faire que ça), car Robin des Bois c'est le symbole de la "droite décomplexée" par excellence. Je n'ai fait que récupérer ce qui nous appartenait par essence, à nous les riches.

DT : Mais, Robin des Bois, n'est-ce pas plutôt le symbole de la liberté des pauvres, du "peuple", face à l'oligarchie étatique ?

RDB : Non. C'est tout le contraire. C'est le signe de leur dépendance totale à l'argent et à ce monde oligarchique qu'ils critiquent dès qu'ils ont éteints la télévision après avoir regardé La Ferme Célébrité, le tout dans un statut Facebook. Et puis il était nationaliste armé non ? Alors que les gauchistes nous le laissent, bordel.

DT : Soit. Vos armes justement, quelles sont-elles ?

RDB : Je dois vous l'avouer, j'ai un sacré réseau. On est un peu comme la bande de Sherwood ouais, on se débrouille bien vous savez, avec toutes les cartes dans nos mains. Mais ces gens, ces arrivistes, ils disent ça comme si c'était facile d'avoir toutes les cartes en mains. Pourtant je peux vous assurer, prenez en un gros paquet, vous verrez, c'est beaucoup plus difficile à distribuer. Et puis après, faut encore savoir jouer avec. Nous on est doué, c'est pas notre faute. Bon après faut dire, quand ça marche pas, on triche, ça aide c'est sûr.

DT : La triche, c'est ça vos armes pour voler aux pauvres ?

RDB : Non évidemment. Ce n'est que du bricolage à côté de l'essentiel. Une grosse machine bien huilée que nous avons confectionnée il y a longtemps et qui fonctionne maintenant toute seule. Appelez cela mondialisation, société de consommation, ou comme vous voulez, quoiqu'il en soit, de cette façon, l'argent part toujours des pauvres pour remonter jusqu'à nous. Voler aux pauvres pour voler aux riches, voilà ma devise, et mon système est infaillible pour arriver à ce but.
Mon plus beau coup, je vous le dit parce que j'en suis fier, c'est d'avoir fait croire à tous ces gauchistes qu'ils n'étaient pas capitalistes. Comme si l'Unef c'était pas pareil que Coca-Cola vous voyez ? Bah ils sont tombés en plein dedans ! Le mieux c'est dans les manifs, avec leurs slogans. Ils te sortent des trucs comme "Le savoir n'est pas une marchandise" et ils se rendent compte de rien. Bien sûr je ne parle pas des vrais bourgeois que nous plaçons à la tête de toutes les grosses organisations "anti-bourgeoises". Des fois, j'ai des scrupules, c'est tellement simple de voler les pauvres, il n'y a même pas de challenge...
J'y pense certains jours vous savez, je devrais peut-être essayer de voler les riches. Pour voir. Mais je crois que cette fois-ci, ce serait pour le donner à personne.

Durant l'été 2000, une affiche publicitaire choquante était placardée dans toutes les grandes villes d'Allemagne : elle montrait une fille au sortir de l'adolescence, en position assise, une télécommande de télévision à la main, qui fixait les spectateurs avec un regard résigné et en même temps provocateur ; sa jupe ne couvrait pas complètement ses jambes légèrement entrouvertes, de sorte que la tâche sombre entre ses cuisses était clairement visible. Cette grand photo était accompagnée des mots "Kauf mich !" ("Achète-moi !"). De quoi cette affiche faisait-elle donc la publicité ? Une observation plus approfondie nous révélait qu'elle n'avait absolument rien à voir avec la sexualité : elle tentait d'encourager les jeunes gens à jouer en bourse et à acheter des actions. Elle fonctionnait donc à deux niveaux, nous donnais d'abord à nous, spectateurs, l'impression d'être incités à acheter la jeune fille (visiblement pour des faveurs sexuelles) avant de délivrer son "véritable" message : elle est ce qui opère l'achat, non celle qui est à vendre. Bien sûr, l'efficacité de l'affiche reposait sur la "méprise" initiale, par la suite surmontée, qui continuait de résonner en nous, alors même que nous avions discerné le "véritable" sens de l'affiche. C'est cela la sexualité dans la psychanalyse : non pas l'ultime point de référence, mais le détour par une méprise initiale qui continue de résonner en nous, même après que nous avons saisi le "véritable" sens asexuel des choses.


Il est courant d'évoquer le "pansexualisme" de Freud et de l'interpréter comme l'idée que "quoi que nous disions ou fassions, nous pensons toujours essentiellement à ça" : la référence à l'acte sexuel serait l'ultime horizon de sens.

Pour autant que l'on accepte de faire du rapport sexuel la référence ultime, il est tentant de réécrire toute l'histoire de la philosophie moderne en ces termes :

- Descartes : "Je baise, donc je suis", autrement dit c'est seulement dans l'activité sexuelle intense que j'expérimente la plénitude de mon être (la réponse "décentrée" de Lacan à cette affirmation aurait été : "Je baise là où je ne suis pas, et je ne suis pas là où je baise", autrement dit ce n'est pas moi qui baise, mais "ça baise" en moi) ;
- Spinoza : à l'intérieur de l'Absolu en tant que Baise (coitus sive natura), il faut distinguer, selon la logique de la distinction entre natura naturans et natura naturata, la pénétration active de l'objet baisé - il y a ceux qui baisent et ceux qui sont baisés.
- Hume introduit ici le doute empiriste : comment savons-nous que la baise comme relation existe ? Nous faisons juste l'expérience d'objets dont les mouvements semblent coordonnés.
- La réponse kantienne à cette crise : "les conditions de possibilité de la baise sont en même temps les conditions de possibilité des objets (de) baise" ;
- Fichte radicalise alors la révolution kantienne : baiser est une activité inconditionnelle autopositionnante qui se divise en baiseur et objet baisé, autrement dit c'est le fait même de baiser qui constitue l'objet, le baisé ;
- Hegel : "il est crucial de concevoir la Baise non seulement comme Substance (la pulsion substantielle qui nous envahit), mais également comme Sujet (comme activité réflexive qui prend place au sein du sens spirituel) ;
- Marx : mieux vaut réellement baiser plutôt que de faire de la philosophie idéaliste masturbatoire, autrement dit, comme il le dit littéralement dans L'Idéologie allemande, la vraie vie, la vie réelle, est à la philosophie ce que le sexe réel est à la masturbation ;
- Nietzsche : la Volonté est, dans sa forme la plus radicale, Volonté de Baiser, qui culmine dans l'Eternel Retour du "j'en veux plus", du sexe se poursuivant éternnellement ;
- Heidegger : de la même manière que l'essence de la technologie n'a rien de "technologique", l'essence de la baise n'a rien à voir avec la baise en tant que simple activité ontique ; ou plutôt, "l'essence de la baise est la baise de l'Essence elle-même", ce qui veut dire que ce n'est pas seulement nous, humains, qui niquons notre compréhension de l'Essence, c'est l'Essence qui est déjà en soi niquée (inconsistante, se retirant, errante) ;
- Et cet aperçu de la manière dont l'essence elle-même est niquée, nous conduit en fin de compte à l'affirmation de Lacan : "il n'y a pas de rapport sexuel".


Slavoj Žižek, Lacrimae Rerum

Un dimanche soir récent je suis allé au McDo pas très loin de chez moi. Faut dire que j'habite dans ce qu'on appelle "l'hypercentre" donc à peu près tout n'est pas très loin de chez moi. Je me rappelle de ce soir là car bien que j'aille régulièrement voir Ronald cette fois-ci j'ai pu entendre The Number of the Beast de Iron Maiden. J'ai trouvé ça bizarre, pour moi Iron Maiden c'est plutôt le genre de truc que tu peux entendre qu'à la maison.

Hypercentre.

Ça ressemble à hypermarché dans le concept. Plus de produits, plus de gens, plus de "vie". L'hypercentre ou l'hypermarché même combat : "On y trouve tout". C'est typiquement le moment où le faux l'emporte sur le vrai. En fait l'hypermarché se veut justement ressembler à un centre-ville très dense, une "ville dans la ville". Tout est fait pour ça, on recrute la boulangère du quartier pour la foutre à l'entrée de la "ville", on installe un bistrot un peu cheap pour faire "comme si" et dans les rayons on accumule tout ce qui peut être consommé, "comme si" toutes les boutiques de la ville étaient concentrées au même endroit. L'hypermarché est né, le "comme si" de la ville, le simulacre de la ville.

Soit.

Mais là où le faux l'emporte sur le vrai c'est quand le simulacre devient réel et le réel devient simulacre. Car les parenthèses n'entourent plus l'hypermarché. C'est bien "l'hypercentre" qui est devenu simulacre d'hypermarché. La consommation est une machine bien rodée, un système vide qui s'auto-alimente en tournant sur lui-même. Chercher un appartement en "hypercentre" c'est "comme si" on voulait avoir un hypermarché à côté de chez soi.

Bien sûr dans un grand pré-fabriqué on se sent moins bien qu'à la maison.

Alors oui "l'hypercentre" est le nouvel hypermarché, le dernier cri de la modernité. On y installe tout ce que la société de consommation a créé de toute pièce, mais "chez soi". Un Starbucks, un McDonald's, une Fnac. On y trouve des "boutiques" aussi évidemment. Pour faire "comme si" on avait des petits artisans ou vendeurs, comme dans le village de grand-père et grand-mère...et comme dans l'hypermarché.

Dans "l'hypercentre" on trouve tout pas très loin de chez soi, mais c'est aussi parce qu'on s'y sent un peu partout "comme chez soi".

Sur place ou à emporter, ça change quoi au final ? Dans les deux cas, on pourra manger son Big Mac en écoutant Iron Maiden.

Pour fêter ce premier mai, un texte du méchant moustachu :

Les apologistes du travail. Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction » du travail, je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême
- Et voici (ô épouvante !) que c'est justement le « travailleur » qui est devenu dangereux !
Les « individus dangereux » fourmillent ! Et derrière eux il y a le danger des dangers - l'individuum !


Nietzsche, Aurore, paragraphe 173, traduction Julien Hervier.

Ainsi "l'effet Bradley" n'a pas eu lieu.

Le premier président noir des Etats-Unis a été élu le 4 Novembre 2008.

Barack Obama.

Beau, grand, intelligent, et gentil.
C'est la fin de l'Amérique du diable. Obama, il ira jamais fait la guerre aux pauvres pays sans défense qui n'ont rien fait. Obama, il est cool.
En même temps il est black, donc c'est normal qu'il soit cool.
Obama il est pas conservateur, c'est vrai, vous le verrez jamais dans son ranch au Texas. Non lui ça serait sûrement des vacances de rêve dans un hôtel de luxe à Dubaï. Faut avouer que ça a carrément plus de gueule quand même.

Bon, mais y a la crise... Obama peut-il relever ce défit ?

Yes we can. Qu'il dit. Enfin, je crois que c'est ça qu'il voulait dire par Yes, we can. J'avoue que quand je l'ai vu prononcer cette formule pour la 597ème fois dans un discours je suis resté perplexe sur son sens. Pouvons-nous faire face à la crise ? Yes, we can. Pouvons-nous élire un président noir ? Yes, we can. Pouvons-nous remettre les USA dans le cœur du reste du monde ? Yes, we can. Pouvons-nous sortir en boîte ce vendredi soir ? Yes, week end. Pouvons-nous faire une interview sans que vous répétiez sans cesse y... Yes, we can.

La crise du capitalisme donc. Youpi, enfin, la mort de la société de consommation. Vive Obama. Le socialisme va enfin pouvoir régner.

Même si bon, Yes we can, ça fait un peu slogan de pub, je trouve.

Mais c'est qu'un détail.

Bon y a bien aussi le fait que Wall Street est plus performante sous présidence démocrate, mais je vois pas bien le rapport avec ce qu'on disais.

Et puis, raaaah je vois toujours des problèmes partout peut-être, mais la vision de l'Amérique de McCain me paraissait moins capitaliste que celle d'Obama. La "bonne vieille Amérique" de l'entraide contre l'Amérique du "rêve" américain, de la gloire, de Paris Hilton.

Zut, en fait je crois bien que "l'Obamania" (et son nom ridicule) c'est pas mort avec les élections...

Faut dire aussi que c'est un sacré bon produit Obama. Un métis. L'idéal de la société de consommation. A propos d'"elle", Baudrillard disait d'ailleurs que "c'est sur la perte des différences que se fonde le culte de la différence" et qu'ainsi, "se différencier c'est précisement s'attacher à un modèle". Miss France 2009 a raison quand elle dit qu'elle ne profite pas d'un "effet Obama" (elle le dit pas comme ça hein, vous rêvez où quoi ?), comme celle qui la précédait, comme Obama, elle profite simplement de la dernière étape d'évolution de la société de consommation. "Je pense que je devrais être miss France car je suis métisse et je représente donc mieux la France et sa diversité". Elles nous l'ont sortie en copié/collé celle-là. Faut dire que c'est devenu une rengaine, un slogan, comme "Je suis pour la paix dans le monde". Mais la diversité c'est pas ça mes chéries (surtout celle sur la croix, là). Non là ce que vous nous vendez c'est un MacDo indien halal, avec des hamburgers au poulet (bah oui, pas au veau, car ils respectent la différence des cultures chez McDonald's) . C'est pas de la diversité, c'est la mondialisation, le capitalisme.

Bon d'accord ça fait langage de bolchévique tout ça désolé, "société de consommation", "mondialisation", "capitalisme". J'espère que je vais pas choquer mes amis réacs. Mais en même temps j'avais prévenu que s'il fallait me caser dans "l'échiquier politique", alors je serais de gauche.

Justement, mes amis "de gauche", m'ennuient à toujours jouer le jeu de ce qu'ils prétendent combattre (dédicace à la pauvre Millie).

Voir tous ces "gauchistes" fêter Obama c'était drôle ou à pleurer. J'avoue que je sais pas. En tout cas c'était idiot. Déjà ils sont Français, et dans le genre protectionniste avec Obama les Etats-Unis auront rarement fait mieux, mais on a compris que c'est pas le sujet de cet article. Non, c'est bien qu'Obama est le pur produit du capitalisme, de la société de consommation, de la mondialisation.

"Le métissage des cultures est une grande richesse". C'est pas moi qui le dit. Ce processus de nihilisation des cultures a pour but le profit. "Nos vies valent plus que leur profit" qu'il dit le "facteur" (je mets entre guillemets, mais bon, j'espère pas vous apprendre qu'on le voit pas tous les jours au boulot "l'ouvrier"). Apparemment pas nos cultures, pas la Culture. En même temps je comprends que les politiciens d'extrême gauche se foutent de la Culture. Vu comme ils font fuir leur électorat depuis plusieurs décennies, vaut mieux qu'ils ne parlent pas d'esthétique, parce que les pauvres n'ont aucun goût, c'est bien connu. Vous avez déjà vu une toîle de maître chez un pauvre vous ?

Soit, apparemment on ne peut vraiment rien y faire. Obama, c'est un produit bien trop élaboré. C'est vrai, moi même quand je l'ai vu faire son discours le soir de l'élection, j'étais réellement ému. C'est nul à dire, mais bon, le président des Etats-Unis allait être noir. Comme à la télé, comme dans 24. L'Amérique avait quelques problèmes de marketing ces dernières années, mais nul doute que maintenant elle rentre dans le cœur du monde entier. Comme McDonald's et Disney. Oui, pas de doute, America is Ba(ar)ck.

Fragment des Minima Moralia :


84. Emploi du temps. - Il n'est sans doute rien qui distingue aussi profondément le mode de vie de l'intellectuel de celui du bourgeois que ceci : le premier ne reconnait pas l'alternative entre le travail et l'amusement. Un travail qui, pour rendre justice à la réalité, n'a pas d'abord à infliger au sujet tout le mal qu'il devra infliger plus tard aux autres, est un plaisir même quand il requiert un effort désespéré. La liberté qu'il signifie est comparable à celle réservée par la société bourgeoise au seul repos, dont une telle réglementation finit par nous priver. Inversement, celui qui sait ce qu'est la liberté ne supporte pas les amusements tolérés par cette société et, en dehors de son travail qui inclut, il est vrai, ce que les bourgeois réservent aux heures de loisirs en parlant de "culture", il n'acceptera aucun plaisir de substitution. Work while you work, play while you play - est une des règles fondamentales de l'autodiscipline répressive. Des parents qui faisaient une question de prestige des notes de leur enfant, étaient le moins disposés à admettre que celui-ci lise trop longtemps le soir ou finisse par ce qu'ils considéraient comme du surmenage intellectuel. Mais dans leur bêtise s'exprimait le génie de leur classe. La doctrine de la mesure en tant que vertu raisonnable, inculquée depuis Aristote, est entre autres choses un essai pour donner à la division de l'homme en fonctions indépendantes les unes des autres - qui est une nécessité sociale - des fondements si solides qu'aucune d'entres elles n'a plus aucune chance de passer à un autre et de faire penser à l'homme qui l'exerce. Mais on ne saurait pas davantage imaginer Nietzsche dans un bureau où une secrètaire répondrait au téléphone dans l'antichambre, assis jusqu'à cinq heures à sa table, qu'on ne pourrait l'imaginer jouant au golf apès une journée de travail. Seule l'astucieuse imbrication de bonheur et de travail laisse quelque porte ouverte à l'expérience, en dépit des pressions de la société. Elle est de moins en moins tolérée. Même les soi-disantes professions intellectuelles sont privées de toute joie à mesure qu'elles se rapprochent du business. L'atomisation ne se développe pas seulement entre les hommes, elle est en chaque individu, dans les différentes sphères de la vie. Aucun épanouissement ne doit être attaché au travail qui perdrait sinon sa modestie fonctionnelle dans la totalité de ses fins, aucune étincelle de réflexion ne doit tomber dans le temps des loisirs car elle pourrait se communiquer sinon à l'univers du travail et y mettre le feu. Alors que dans leurs structures le travail et l'amusement se ressemblent de plus en plus, on les sépare en même temps pas des lignes de démarcation invisibles, mais de plus en plus rigoureuses. Le plaisir et l'esprit en ont été également chassés. Partout règne un impitoyable esprit de sérieux et se déploie une activité de façade.

La députée Teres Kirpikli estime qu'il faudrait diffuser plus de porno à la télévision suédoise pour stimuler la natalité

Les Suédois ne font plus d'enfants et, pour rétablir l'équilibre démographique, Mme Kirpikli qui est âgée de 35 ans et mère de trois enfants, estime que le porno pourrait mettre du piquant dans la vie sexuelle des jeunes couples et les encourager à procréer.

"Du porno toute la journée le samedi devrait stimuler les gens estime-t-elle".

Plusieurs députés l'ont dénoncé ouvertement mais elle s'en moque éperdument: "Tout le monde aime la porno mais les gens sont hypocrites. Il n'y a rien de mal à ce que des gens en couple regardent de la porno. Je le fais souvent avec mon mari et on aime bien ça!"

Je pense pas qu'un commentaire soit nécessaire...

Source

Source plus "sérieuse"

Si les Lumières paraissent si bêtes c'est que les français les ont éteintes au moment même où elles se sont allumées. Remplacées par l'idiote généralisée. Exit tout esprit critique, la si belle démocratie française prétendue "des Lumières" n'est juste que le pire de la démocratie, et n'a rien d'une république.

Prenons ce cas d'actualité, la "crise des ossètes".

La France, censée être l'esprit critique, la grande marginale, que fait-elle ? Elle suit les Etats-Unis. Dejà au Kosovo elle avait fait pareil. Bon, on peut me répondre que ça c'est l'effet Sarkozy. Sarkozy il aime bien les USA, il y fait du jogging avec ses grosses Ray-Ban. Il y est content, "comme un gosse".

Oui mais non. Sarkozy il suit avant tout les Français. Et les Français ils trouvent que les Russes sont méchants, et que les Kosovars ils avaient bien raison de prendre leur indépendance. Après tout c'est ce qu'auraient voulu les Lumières non, que tout le monde soit libre ?
Alors oui, on peut aussi me répondre que c'est pas les Français qui pensent ça, mais les médias. Mais enfin quoi, depuis quand pensent les médias ? Soyons sérieux deux minutes...

Non, un peuple est une cohérence qui fait émerger une pensée "dominante", et la française est incohérente.
La pensée française approuve l'indépendance kosovare mais veut surtout pas qu'on touche à sa Bretagne. Bah non, c'est bien la Bretagne, pour les vacances. Et pour la Corse, la même chose.
La pensée française déteste les Etats-Unis, "ces cons, ahahah, ils sont gros et ils aiment faire la guerre. Et Bush, il est trop con, ahahah. Et leurs films, c'est de la merde commerciale. Nous, on a des beaux films. Et ouais, l'exception culturelle française...Taxi 3" Et pourtant, on suit les Etats-Unis comme des toutous : "Oh oui, ces pauvres Kosovars...". Oui, qui a intérêt à diviser l'Europe ? Qui a intérêt à voir émerger une deuxième Europe musulmane. "Oh encore un qui aime pas les musulmans, c'est mal" Euuuh non...enfin, comme les USA ? "Ah bah non ils sont gentils eux, tu viens de dire qu'ils les aiment bien" Ils veulent une amérique musulmane ? "Non, ils aiment pas les noirs et les musulmans". Incohérence... "Ouais bah en tout cas les Russes sont méchants, ils voulaient déjà pas reconnaître l'indépendance kosovare, maintenant ils attaquent les pauvres Géorgiens" Ah, mais les Géorgiens aussi refusent l'indépendance kosovare, et puis même que là ils veulent pas que les Ossètes déclarent leur indépendance depuis près de 20 ans et que c'est eux qui ont attaqué en premier. Incohérence non ?
La pensée française est totalement incohérente, fruit de l'idéologie de masse. Elle est la mondialisation qui vit sur les restes de tout ce qui la critique.

Enfin bon quoi, ça parait pourtant évident que c'est un jeu entre la Russie et les Etats-Unis là. L'esprit critique a réellement disparu si les Français peuvent subir cette version complètement manipulée des médias sans se dire tout simplement "ce n'est pas vrai". Et encore une incohérence, on nous bassine à longueur de temps avec la Chine et ses droits de l'Homme bafoués, avec sa propagande maléfique. Mais nous ne sommes même pas capable de dire "Non" quand on nous dit qui sont les méchants et qui sont les gentils (et qui plus est, que les rôles sont manifestement échangés...).


Je vois sur la "réacosphère" qu'on conspue unanimement les Lumières. Faut être de gauche pour aimer les Lumières (?). Moi je suis un "nationaliste de gauche", je suis fier du pays de la France des Lumières, de Voltaire, mais aussi de Lacan/Derrida/Bourdieu/Baudrillard, et je me demande, quand la France pensera-t-elle à nouveau ? Quand redeviendra-t-elle le pays des Lumières ?

En attendant, bon morceau qui va bien avec le sujet...

Il est un livre qui me passionne. C'est Minima Moralia de Theodor Adorno.
Un jour, un ami (pas un "pote", un véritable ami, d'une amitié d'un temps ancien) qui m'avait déjà fait découvrir cet auteur me présenta ce livre.
Son impact, ma fascination. Feuilleté avec l'excitation d'un gamin qui teste son nouveau jeu vidéo, en oubliant la notice, je l'ai abordé avec le sérieux que j'avais au jeu quand j'étais enfant (en bon disciple nietzschéen), occupé à garder intacte cette tension de la concentration, du corps-à-corps au texte, et de la digression. Une lecture rapide, mais non précipitée.

Dès la dédicace, Adorno précise que l'objet de ces fragments est un domaine qui pour lui a été méprisé et oublié par les philosophes : l'éthique (je simplifie, Adorno parle de "doctrine de la vie juste"). C'est mon avis, ça commence bien. C'est vrai, ils font chier ces "philosophes" analytiques avec leurs conneries. Nous, ce qu'on veut, c'est savoir ce qui est bon.
La passion qui m'anime à chaque lecture de ce livre est aussi forte qu'elle est singulière. Elle est celle d'un homme qui n'a cette impression si forte que lorsque qu'il prend place aux côtés de Machiavel, Nietzsche ou Baudrillard. J'avais sans doute perdu l'habitude d'une pensée si vigoureuse, et à la passion s'ajoute donc la joie des retrouvailles avec une puissance de l'esprit qu'on avait oubliée.

Car oui, je fais partie de ceux qui ont perdus : je suis un "penseur". C'est à dire pour résumer que je suis chiant. "Joie" et "penser" associés ? Quoi, on peut prendre du plaisir à penser ? Tiens, justement, à propos de ça Adorno dit quelque chose, dans le fragment 84 : "Il n'est sans doute rien qui distingue aussi profondément le mode de vie de l'intellectuel de celui du bourgeois que ceci : le premier ne reconnaît pas l'alternative entre le travail et l'amusement". Oui, la "société de consommation" a gagné.

Comme on vient d'en avoir un avant goût, Adorno a fâcheusement tendance à jouer son Nietzsche dans ce livre, en trouvant la bonne formule pour tous les sujets. "Le fond et la forme" comme on dit (je ferais sûrement un article sur quels rares proverbes ne sont pas complétement débiles). Ce qu'il faut ajouter, c'est qu'avant l'heure Theodor décrypte à merveille la "société de consommation" et ce qu'il appelle "l'industrie culturelle". En gros, Adorno, c'est un peu comme Nietzsche et Baudrillard qui ont fusionnés (sans le kamehameha). Plus sérieusement, on y retrouve une esquisse de Simulacres et Simulation de Baudrillard, de l'hyperréalité, des images vides de la consommation, de l'aliénation totale de l'individu. Par exemple la dernière phrase de l'aphorisme 18 : "Il ne peut y avoir de vrai vie dans un monde qui ne l'est pas".

Adorno traite de toutes sortes de sujet avec l'esprit qui me sied : pessimiste mais gai. Un esprit au regard affûté, qui fait que tous les aphorismes qui constituent ce livre sont d'une richesse incroyable. C'est sans doute pourquoi je cite désormais du Adorno à longueur de temps...et que vous y aurez droit si vous trainez encore sur ce blog par la suite...

Voilà, je finis par le commencement, un extrait de la dédicace de Minima Moralia, de Theodor Adorno :

Le triste savoir dont j'offre ici quelques fragments à celui qui est mon ami concerne un domaine qui, il y a maintenant bien longtemps, était reconnu comme le domaine propre de la philosophie ; mais depuis que cette dernière s'est vue transformée en pure et simple méthodologie, il est voué au mépris intellectuel, à l'arbitraire silencieux et, pour finir, à l'oubli : il s'agit de la doctrine de la juste vie (da richtige Leben). Ce qui jadis méritait pour les philosophes de s'appeller la vie est devenu une affaire privée et ne relève plus finalement que de la consommation et, comme tel, tout cela est à la remorque du processus de production matérielle, dépourvue d'autonomie et de substance propre. [...] Ainsi, le regard que nous posons sur la vie s'est mué en une idéologie qui nous trompe en masquant le fait que cette vie n'existe plus.

Avez-vous remarqué qu’en été, et plus précisément, lorsqu’il fait chaud, les gens sont plus idiots ?

En temps estival, on peut entendre la plèbe annoncer à longueur de journée, chose si peu manifeste, qu’il fait chaud. Un peu comme dans un film de Romero, on assiste à une incessante déambulation agonisante d’êtres qui ne se savent pas vraiment pourquoi ils sont là, qui sont identiques, et qui geignent tous la même chose. La seule différence qui permet de différencier les zombies de l’été et ceux de Romero est que les premiers ajoutent « il fait chaud » en ponctuation de chacun de leurs gémissements.
Pire, le « beau temps » semble être au cerveau humain ce que la télé-réalité est à la réalité - autrement dit un adversaire aussi tenace que pathétique. « C’est pas normal de travailler par un temps pareil » ou « je veux pas aller au cours sur Kant il fait chaud » sont de parfaites illustrations de cette théorie. La chaleur est l’ennemie de la pensée, elle étouffe la réflexion qui se laisse alors facilement écraser par l’instinct du bronzage. En effet, en été, c’est comme si tout le cerveau déménageait vers la peau qui devient alors la véritable instance décisionnelle de chaque homme, et bien davantage, de chaque femme.
Mais si ces éléments parlent déjà d’eux-mêmes, voici ceux qui balayent toute critique :
  • Qu’écoute-t-on en été ? « Les tubes de l’été », la Macarena et autres soupes sur lesquelles on « danse » (une boîte qui « danse » sur un tube de l’été, ça pourrait bien être une scène de Dawn of the Dead) chaque année entre Juin et Septembre.
  • Que regarde-t-on en été ? Les blockbusters débiles (ce qui n’est pas  forcément un pléonasme, contrairement à ce que pourrait croire Télérama) genre Transformers (été 2007) ou Le Jour d’Après (été 2004), des films faits par des idiots, pour des idiots, qui vont jusqu’à voir l’événement auto-annoncé dans des salles non-climatisées, et donc infernales de chaleur, alors que déjà dehors « il fait chaud ». Les cons !
Et enfin, voici pour vous le point imparable parmi tous, celui qui permet de dire de façon indiscutable que l’été est la saison des morts-vivants : en été, les journées sont plus longues. Les gens étant déjà idiots tout le reste de l’année, ils le sont donc plus quand les journées sont les plus longues, c'est-à-dire en été.
Vous savez donc maintenant ce qu’il vous reste à faire…lorsque contemplation rime avec insolation, pensez à faire un tour dans la caverne.
PS : s’il fait chaud et que vous n’êtes pas d’accord avec cet article, alors vous avez nécessairement tort.