Les gens qui racontent leurs voyages sont d'un ennui maladif. Le problème, c'est qu'ils partent en Inde y reproduire ce qu'ils voient dans les reportages sur Arte, sans rien en tirer de personnel, sans en tirer aucune expérience, ils le font simplement "en vrai". Même leurs anecdotes ont une odeur de documentaire.

C'est cette valeur suprême accordée à "l'expérience", au "vécu", qui a précisément détruit l'expérience. Vivre ce que l'on fait, regarder ce que l'on voit, écouter ce que l'on entend, tout ça ne vaut rien. Qu'importe qu'on se soit ennuyé devant 2001, du moment qu'on l'ait "vu". Dans une société où tous les avis se valent, cette "expérience", c'est l'autorité absolue.
Pas besoin d'expliquer en quoi un voyage vous a réellement transformé, puisqu'on sait très bien que tout le monde s'en fiche. Mieux, on espère intimement que ça n'a rien changé, et que vous êtes bien resté un "voyageur" sage qui donnera donc ses devoirs de voyage à ses connaissances : des photos "clichées" ("tenir" par la perspective la tour de Pise, poser devant/dans un pub à Dublin ou pire jouer l’ethnologue/reporter-humaniste en se prenant avec des "autochtones" et en expliquant à quel point ces gens là sont géniaux à des compatriotes si banalement occidentaux et donc à quel point nous, on est différent au fond, le tout partagé sur twitter, facebook et instagram).
Voilà à quoi se résume l'expérience : des preuves.

"Y a pas grand chose à voir" peut-on entendre de la bouche de certains, au sujet d'un musée, d'une ville, etc. Dans un sens, ces personnes n'ont que trop raison, pour eux il n'y a rien à voir. Ils ont la même critique au sujet d'une ville qu'un fan de film d'action devant Le Procès d'Orson Welles. Pour eux il ne se passe jamais rien s'il n'y a pas des choses à "raconter". Ce sont les mêmes qui se disent cinéphiles car ils adorent Tarantino. Le "scénario" a remplacé entièrement le cinéma. Les "répliques cultes" ont remplacé une vision du mouvement. Les preuves donc, voilà tout ce qui compte : la visite de tels monuments ou tels musées ou le fait d'avoir pu savourer des produits locaux par exemple. Qu'importe qu'ils soient peut-être fabriqués au même endroit que ces mêmes produits "locaux" qu'on trouve dans le supermarché du coin de chez nous, ils sont plus "vrais" et plus "locaux" car ils sont consommés "là-bas". Qu'importe également que la photo qu'on ait prise du monument ou d'un tableau n'ait absolument aucun sens esthétique ou qu'on y voit plus sa figure qu'autre chose, elle est plus "vraie" car elle atteste du "j'y étais".


Ce sont d'éternels visiteurs de musée qui veulent tout voir sans jamais regarder. Le monde est leur Louvre. La plupart s'empresse ainsi de voir les Venus de Milo et autres Joconde, de se prendre en photo devant pour la preuve. D'autres vont admirer les plats des "Arts de l'Islam" pour faire plus "connaisseur". Eux, ce sont sans doute les pires.
Le genre de personne qui préfère donner de l'argent pour une oeuvre caritative qui s'occupe d'enfants à l'autre bout du monde que pour le père de famille qui fait la manche en bas de la rue.
Ils représentent ainsi ce qu'il y a de plus pervers dans la mondialisation, appauvrir toute culture en en faisant un produit... et même appauvrir la pauvreté en en faisant un produit. Faire en sorte que tout soit un "flux", qu'un simple don d'argent ait une valeur ajoutée quand il "voyage" plus.
"Le temps c'est de l'argent" est ainsi devenu "l'espace-temps c'est de l'argent".
Les Lettres Persanes sont bien loin...


Par hasard, je retrouve un jour un livre de Michel Onfray offert par ma tante libraire qui traînait dans des cartons. Je lis le résumé sur la couverture, par curiosité sans doute assez malsaine, pour me moquer. Je suis assez satisfait à ce niveau, comme toujours avec lui, mais ce type si tenace de bêtise finit forcément par me déprimer. Voyager c'est "expérimenter un genre de panthéisme extrêmement païen", dans un style de concept bien publicito-philosophique qui fait le recette de cet auteur. Puis, "l'élection de la planète tout entière pour son périple vaut condamnation de ce qui ferme et asservit : le Travail, la Famille, la Patrie, du moins pour les entraves les plus visibles, les plus repérables."
Outre la critique "je me bats contre des Jean Moulin à vent" du slogan pétainiste, ce qui est déprimant ici est cette victoire d'une idéologie consumériste qui fait du "voyage" une chose sainte (mais de façon païenne, bien sûr) et de toutes les structures qui ne laissent pas s'exprimer aveuglement cette idéologie des "entraves".
L'amour on n'en parle pas. Mais voilà une autre entrave. Les gens qui voyagent ne peuvent pas aimer. Voyager c'est une espèce d'égoïsme réellement pauvre. Une idée de la liberté pré-pubère. Un façon d'être mystique sans corps et sans âme. Un vrai voyageur n'a t-il pas compris qu'on peut bouger plus en restant sur place qu'en se déplaçant en avion ?
C'est exactement l'appareil qui permet à Onfray de confirmer son consumérisme "anti-clérical" :

"S'éprouver homme dans la carlingue de cet instrument transformé en énergie et en vitesse métamorphose l'âme plus sûrement qu'une lecture des Evangiles"
Michel Onfray, Théorie du Voyage - Poétique de la géographie 

Oui, les gens qui racontent leurs voyages sont vraiment d'un ennui maladif...

Nos songes merveilleux, où s'en sont-ils allés,
Refuges inconnus
D'habitants inconnus, ou des astres
Demeures du jour, et lit lointain
De la jeune aurore, et nocture
Sommeil caché de la plus grand étoile ?
Tous, d'un coup, dissipés,
Le monde est figuré dans une brève carte ;
Tout est semblable à tout, dans le dévoilement,
Seul s'accroît la néant. Rejoint à peine,
Le vrai t'enlève à nous,
O cher imaginaire : de toi s'écarte à jamais
Notre esprit ; à ton premier,
Ton merveilleux pouvoir nous soustraient les années,
Et le confort de nos souffrances est mort.  

Nostri sogni leggiadri ove son giti 
Dell'ignoto ricetto
D'ignoti abitatori, o del diurno
Degli astri albergo, e del rimoto letto
Della giovane Aurora, e del notturno
Occulto sonno del maggior pianeta?
Ecco svaniro a un punto,
E figurato è il mondo in breve carta;
Ecco tutto è simile, e discoprendo,
Solo il nulla s'accresce. A noi ti vieta
Il vero appena è giunto,
O caro immaginar; da te s'apparta
Nostra mente in eterno; allo stupendo
Poter tuo primo ne sottraggon gli anni;
E il conforto perì de' nostri affanni.  



Extrait de "Ad Angelo Mai", Canti, Giacomo Leopardi

“I was sentimental about many things: a woman’s shoes under the bed; one hairpin left behind on the dresser; the way they said, “I’m going to pee..”’ hair ribbons; walking down the boulevard with them at 1:30 in the afternoon, just two people walking together; the long nights of drinking and smoking; talking; the arguments; thinking of suicide; eating together and feeling good; the jokes; the laughter out of nowhere; feeling miracles in the air; being in a parked car together; comparing past loves at 3am; being told you snore; hearing her snore; mothers, daughters, sons, cats, dogs; sometimes death and sometimes divorce; but always carring on, always seeing it through; reading a newspaper alone in a sandwich joint and feeling nausea because she’s now married to a dentist with an I.Q. of 95; racetracks, parks, park picnics; even jails; her dull friends; your dull friends; your drinking, her dancing; your flirting, her flirting; her pills, your fucking on the side and her doing the same; sleeping together” 
Charles Bukowski, Women

Qu'est-ce qui t'a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre ?

Assis dans une bibliothèque municipale. Déconcentré par l'observation perverse. Une fille passe, et plus rien ne se met à penser. Regarder des gens s'arrêter devant les étagères de philosophie. Qu'ils semblent perdus... Un lycéen ou un prépa littéraire bloque devant les bouquins, la liste donnée par son professeur pour une dissertation à la main, cherchant minutieusement les titres comme on cherche une réponse à un problème de maths sur la copie du voisin. Le face à face avec ces livres, c'est un visage dessinant une angoisse teintée d'incompréhension admirative. Le "peuple" est hermétique à la philosophie car il tient la philosophie pour hermétique. Un blockbuster sans making-of. Un autre monde. Mythique. Sacré.

Kierkegaard a d'ailleurs un nom qui porte déjà en lui une aura particulière. On lit sa philosophie dans la constrution de son nom, ces doubles voyelles emprisonnées par des consonnes aggressives, un son mécanique... Une autre fille passe... Pour quelle raison ?

Perfection in every details
Fabricated from
the curl of the hair
To the tip of the nail
Because our units never fail
We know you'll be happy.

I need a unit to sample and hold.
But not the lonely one
A new design, new design

Don't hesitate to give us a call
We know you'll be satisfied
When you energize
And see your unit come alive
We know you'll be happy.

I need a unit to sample and hold.
But not the lonely one
A new design, new design

Les filles sont belles parce qu'on peut les résumer en une chanson, un poème, un film, voire une phrase. On ne peut pas résumer Kierkegaard en une phrase. Même un seul de ses livres. On ne peut même pas résumer son nom, à vrai dire.

Il semble qu'il ne ratait pas une représentation du Don Giovanni de Mozart quand celle-ci se présentait à lui. Son Journal du Séducteur ne fera pas dire le contraire. Le personnage décrit sous un pseudonyme en forme d'alter-ego (on se demande alors : un ego n'est-il pas toujours alter ?), Johannes, est bien proche de cette réplique du héros de Molière : "tout le plaisir de l’amour est dans le changement." (Acte I, scène 2).

Qui mieux que ce personnage inspiré de Don Juan et de la vie du philosophe pourrait rendre compte de ce stade où l'homme vit dans une sorte de "carpe diem" dans sa signification la plus triviale, où l'on vit de l'instant présent et de toutes ses jouissances ? Le narrateur note : "toute sa [Johannes] vie avait pour but la jouissance".
Quand ce même narrateur avoue "ah ! une mauvaise conscience peut rendre la vie intéressante", on voit poindre un sous-entendu quant à la vie "esthétique" du séducteur. Une introduction ambiguë car le narrateur veut assouvir son désir de connaissance quitte à payer le prix de la mauvaise conscience entraînée par la façon dont il se procure cette connaissance, de la même façon qu'un séducteur veut assouvir son désir.

“La femme inspire l’homme tant qu’il ne la possède pas” et c'est pourquoi l'homme sauve la femme (mais la sauve uniquement pour lui. La femme, elle, ne considère pas avoir à être sauvée, et elle a sans doute raison) par l'art, puisque ce dernier, en revanche, l'homme ne pourra jamais le "posséder". "Tout ce qui est incompréhensible ne laisse pas d'être" écrivait Pascal dans les Pensées.
Mais en essayant de sauver la femme, l'homme se perd...

Si la vie de Johannes est qualifiée de "trop intellectuelle", il finira donc dans le désespoir qu'il essayait de fuir, égaré entre "le monde dans lequel nous vivons" et celui "loin à l'arrière-plan". Et oui, tout près, là, derrière la vie, il y a l'idéal... A moins que ce ne soit l'inverse... Le narrateur finit son portrait : "cela sera plus horrible encore pour lui", "moi aussi j'ai été entraîné dans ce monde nébuleux, dans ce monde des rêves où à chaque instant on prend peur de sa propre ombre. Souvent j'essaie en vain de m'en arracher".

Tiens, ça fait penser à Nerval...

Je suis le ténébreux - le veuf, - l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie;
Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Une fille encore. Dans les escaliers cette fois. Descente et sortie des lieux ralenties pour optimiser l'observation de ses formes. Dans la rue, une autre vient vers moi, déballant un speech "humanitaire." Tout chez elle est d'une laideur... "On ne réfute pas un Allemand avec un argument, mais avec de la rhubarbe", disait Nietzsche.

Toujours elle me fut chère cette colline solitaire
et cette haie qui dérobe au regard
tant de pans de l'extrême horizon.
Mais demeurant assis et contemplant,
au-delà d'elle, dans ma pensée j'invente
des espaces illimités, des silences surhumains
et une quiétude profonde ; où peu s'en faut
que le cœur ne s'épouvante.
Et comme j'entends le vent
bruire dans ces feuillages, je vais comparant
ce silence infini à cette voix :
en moi reviennent l'éternel,
et les saisons mortes et la présente
qui vit, et sa sonorité. Ainsi,
dans cette immensité, se noie ma pensée :
et le naufrage m'est doux dans cette mer.


Sempre caro mi fu quest’ermo colle, 
e questa siepe, che da tanta parte 
dell'ultimo orizzonte il guardo esclude. 
Ma sedendo e mirando, interminati 
5spazi di là da quella, e sovrumani 
silenzi, e profondissima quiete 
io nel pensier mi fingo; ove per poco 
il cor non si spaura. E come il vento 
odo stormir tra queste piante, io quello 
10infinito silenzio a questa voce 
vo comparando: e mi sovvien l’eterno, 
e le morte stagioni, e la presente 
e viva, e il suon di lei. Così tra questa 
immensità s’annega il pensier mio: 
15e il naufragar m’è dolce in questo mare. 

Giacomo Leopardi, L'infini

47 - De gustibus est disputandum - Même si l'on se croit persuadé qu'il est vain de comparer les oeuvres d'art, on n'en sera pas moins toujours entraîné dans de sempiternels débats qui comparent, évaluent les unes par rapport aux autres les oeuvres d'art, tout particulièrement celles qui sont des chefs-d'oeuvre et, à ce titre, incomparables. Critiquer de telles discussions, qui s'imposent d'elles-mêmes comme par une nécessité compulsive, en leur objectant qu'elles répondent à des instincts de brocanteur, à une volonté de mesure pusillanime, c'est en général le fait de bourgeois bien sages, pour qui l'art ne sera jamais assez irrationnel et qui veulent maintenant les oeuvres loin de toute réflexion et de toute exigence de vérité. Mais la nécessité compulsive qui conduit à de telles considérations est coextensive aux oeuvres d'art elles-mêmes. Une chose est sûre : elles ne se laissent pas comparer. En fait, elles tendent à s'anéantir les unes les autres. Ce n'est pas pour rien que les Anciens ont réservé le Panthéon de l'harmonie aux dieux ou aux Idées et que, par contre, ils ont voué les oeuvres d'art à une rivalité agonistique, chacune étant l'ennemie mortelle de l'autre. Le "Panthéon des oeuvres classiques" dont une Kierkegaard pouvait encore caresser l'idée n'est que le fantasme d'une culture neutralisée. Car si les diverses oeuvres d'art ne sont que des représentations partielles de l'idée du Beau, il est inéluctable que chacune d'entre elles prétende incarner cette idée toute entière, et revendique pour elle-même dans sa singularité la beauté dont elle ne saurait jamais admettre l'éparpillement sans s'annuler elle-même. Une et vraie, sans être pure apparence, et affranchie d'une telle individuation, la beauté n'a pas sa représentation dans la synthèse de toutes les oeuvres, dans l'unité des beaux-arts et de l'Art, mais seulement quand elle prend corps réellement en chaque oeuvre : dans la mort de l'Art lui-même. C'est à cette mort de l'Art que tend chaque oeuvre en visant à tuer toutes les autres. Affirmer que tout art porte en lui sa propre mort n'est qu'une façon de dire la même chose. Toutes les controverses esthétiques qu'on prétend si vaines ont leur source dans cette tendance à l'autodestruction qu'ont les oeuvres et qui est leur vocation profonde à réaliser l'image visible du Beau, laquelle n'est pas pure et simple apparence. Tandis que ces disputes s'obstinent à vouloir définir envers et contre tout les critères d'une sorte de Droit esthétique et se trouvent ainsi entraînées dans une dialectique sans fin, ce sont elles qui ont raison malgré elles lorsque, fortes de la puissance des oeuvres d'art qu'elles prennent pour objet en les élevant à la dignité du concept, elles imposent à chaque oeuvre ses limites et contribuent ainsi à la destruction de l'art, dont c'est là le salut. En confirmant les oeuvres dans leur limitation, de façon directe et immédiate, sans remettre cette dernière en cause, la tolérance esthétique ne les conduit qu'à une fausse mort, celle d'une simple juxtaposition où se trouve reniée l'exigence de la vérité dans son unité indivisible.
En echo :
Toute oeuvre d'art est un crime non perpétré
Theodor Adorno, Minima Moralia.


En 1964 il chantait que "les temps sont en train de changer" ("The Times They Are A-Changin'"), en 2000 que les "choses ont changé" ("Things Have Changed"), mais en 2011 il est toujours là.
A 70 ans, Bob Dylan reste le symbole du temps qui allait venir, du temps qui était en train de passer, du temps qui est passé, et du temps qui passe. Par ses textes donc, mais aussi par sa musique, les "modes" qu'il suivit ou qu'il contribua à créer. Du folk acoustique au blues électrique, du rock au reggae, Bob Dylan étale son empreinte musicale depuis près d'un demi-siècle (son premier album (en considérant que Bob Dylan sorti en 1962 n'est pas vraiment un album avec seulement deux compositions assez pauvres), The Freewheelin' Bob Dylan, est sorti en 1963), et comme le temps, sa carrière n'est faite que de ruptures perpétuelles. Avec ses influences (sans les renier), avec ses propres contributions, avec son public, avec les femmes.
Car c'est là tout le personnage Bob Dylan, il est à la musique ce que Socrate est à la philosophie, une représentation vivante de l'ironie. Une icône dédaigneuse, qui tantôt fédère, tantôt exaspère.
Il n'y a qu'à voir l'album Blood on the Tracks, sorti en 1975, connu pour être lié à la séparation de Dylan et de sa femme, Sarah. Les textes y sont aussi acerbes que doux, ou mélancoliques. Après avoir ponctué tous ses refrains d'un "Tu es stupide, bébé. C'est une merveille que tu saches encore respirer." ("You're an idiot, babe. It's a wonder that you still know how to breathe.") dans Idiot Wind, il termine par faire voeux de repentance : "Nous sommes stupides, bébé. C'est une merveille que nous sachions encore nous nourrir." ("We're idiots, babe. It's a wonder we can even feed ourselves."). Une ironie toujours emprunte de nostalgie, mais une nostalgie qui regrette également les temps à venir. En pleine séparation avec sa femme, il est déjà "hanté par son souvenir" ("hounded by your memory"), mais demande déjà aussi à quelqu'un "si tu la vois, dis lui bonjour, [...] elle pense peut-être que je l'ai oubliée, ne lui dis pas que ce n'est pas vrai" ("If you see her, say hello, [...], She might think that I've forgotten her, don't tell
her it isn't so.
")
Dylan, dès 1965, dans Highway 61 Revisited, avait déjà compris que le temps n'était qu'une longue et lente "allée de la désolation" ("Desolation row"), où toutes les contradictions coexistent et où règne l'absurdité.
Sa conversion vers le mysticisme n'est donc pas anodine. Tout autant que l'adoration et les multiples références de l'auteur de Watchmen, Alan Moore, pour le musicien américain. Bob Dylan, dans une certaine mesure, est le Comédien, ce personnage qui a compris que la vie n'est qu'une vaste farce, que rien n'en vaut vraiment la peine, et qui vit alors totalement cette ironie, une ironie complexe, à découvert, à face découverte.
Vociférant sur son public, sur les femmes qu'il aime, Bob Dylan a surtout su créer une oeuvre d'une richesse qualitative et quantitative impressionnante, et c'est sa vision si particulière qui le lui permet, lui qui, en 1997, sur Time Out Of Mind (le titre en dit long), nous chantait le crépuscule en nous donnant ce détail qui résume si bien l'artiste : "Derrière chaque belle chose, il y a une sorte de peine" ("Behind every beautiful thing, there's been some kind of pain")

Il y a une bien-pensance généralisée, une pensée-unique en France, et elle consiste à toujours plaindre les pauvres parce que la vie est difficile pour eux tandis que les riches sont des salauds et des méchants, et qu'en gros c'est leur faute si les pauvres sont pauvres, puisque s'ils étaient moins riches les pauvres seraient moins pauvres. Du coup, la justice, dans ce pays, c'est prendre aux riches pour donner aux pauvres, même qu'il y a des gens qui sont payés pour ça. Au lieu de donner l'argent directement aux pauvres, les cons !

Heureusement, au nord du Bois de Boulogne se cache un héros. Un homme qui a compris que dormir et regarder la télé toute la journée n'avait rien de difficile et qu'être en plus payé pour ça n'avait rien à voir avec la justice. Cet homme, qui c'est ? Je vais vous le dire. Cet homme c'est Robin des Bois de Neuilly. Sa devise ? "Voler aux pauvres pour donner aux riches".

Pour vous, j'ai réalisé une interview exceptionnelle de ce Diogène des temps modernes :

DT : Robin des Bois, dites moi, c'est du déjà vu non ?

RDB : Bien, je vole aux pauvres voyez-vous, et des fois les plus grandes richesses n'ont pas de prix. Avant toute chose donc, j'ai volé aux pauvres un symbole, et non des moindres. Mais les pauvres ne devraient pas le réclamer (décidément c'est à se demander s'ils ne savent faire que ça), car Robin des Bois c'est le symbole de la "droite décomplexée" par excellence. Je n'ai fait que récupérer ce qui nous appartenait par essence, à nous les riches.

DT : Mais, Robin des Bois, n'est-ce pas plutôt le symbole de la liberté des pauvres, du "peuple", face à l'oligarchie étatique ?

RDB : Non. C'est tout le contraire. C'est le signe de leur dépendance totale à l'argent et à ce monde oligarchique qu'ils critiquent dès qu'ils ont éteints la télévision après avoir regardé La Ferme Célébrité, le tout dans un statut Facebook. Et puis il était nationaliste armé non ? Alors que les gauchistes nous le laissent, bordel.

DT : Soit. Vos armes justement, quelles sont-elles ?

RDB : Je dois vous l'avouer, j'ai un sacré réseau. On est un peu comme la bande de Sherwood ouais, on se débrouille bien vous savez, avec toutes les cartes dans nos mains. Mais ces gens, ces arrivistes, ils disent ça comme si c'était facile d'avoir toutes les cartes en mains. Pourtant je peux vous assurer, prenez en un gros paquet, vous verrez, c'est beaucoup plus difficile à distribuer. Et puis après, faut encore savoir jouer avec. Nous on est doué, c'est pas notre faute. Bon après faut dire, quand ça marche pas, on triche, ça aide c'est sûr.

DT : La triche, c'est ça vos armes pour voler aux pauvres ?

RDB : Non évidemment. Ce n'est que du bricolage à côté de l'essentiel. Une grosse machine bien huilée que nous avons confectionnée il y a longtemps et qui fonctionne maintenant toute seule. Appelez cela mondialisation, société de consommation, ou comme vous voulez, quoiqu'il en soit, de cette façon, l'argent part toujours des pauvres pour remonter jusqu'à nous. Voler aux pauvres pour voler aux riches, voilà ma devise, et mon système est infaillible pour arriver à ce but.
Mon plus beau coup, je vous le dit parce que j'en suis fier, c'est d'avoir fait croire à tous ces gauchistes qu'ils n'étaient pas capitalistes. Comme si l'Unef c'était pas pareil que Coca-Cola vous voyez ? Bah ils sont tombés en plein dedans ! Le mieux c'est dans les manifs, avec leurs slogans. Ils te sortent des trucs comme "Le savoir n'est pas une marchandise" et ils se rendent compte de rien. Bien sûr je ne parle pas des vrais bourgeois que nous plaçons à la tête de toutes les grosses organisations "anti-bourgeoises". Des fois, j'ai des scrupules, c'est tellement simple de voler les pauvres, il n'y a même pas de challenge...
J'y pense certains jours vous savez, je devrais peut-être essayer de voler les riches. Pour voir. Mais je crois que cette fois-ci, ce serait pour le donner à personne.

Durant l'été 2000, une affiche publicitaire choquante était placardée dans toutes les grandes villes d'Allemagne : elle montrait une fille au sortir de l'adolescence, en position assise, une télécommande de télévision à la main, qui fixait les spectateurs avec un regard résigné et en même temps provocateur ; sa jupe ne couvrait pas complètement ses jambes légèrement entrouvertes, de sorte que la tâche sombre entre ses cuisses était clairement visible. Cette grand photo était accompagnée des mots "Kauf mich !" ("Achète-moi !"). De quoi cette affiche faisait-elle donc la publicité ? Une observation plus approfondie nous révélait qu'elle n'avait absolument rien à voir avec la sexualité : elle tentait d'encourager les jeunes gens à jouer en bourse et à acheter des actions. Elle fonctionnait donc à deux niveaux, nous donnais d'abord à nous, spectateurs, l'impression d'être incités à acheter la jeune fille (visiblement pour des faveurs sexuelles) avant de délivrer son "véritable" message : elle est ce qui opère l'achat, non celle qui est à vendre. Bien sûr, l'efficacité de l'affiche reposait sur la "méprise" initiale, par la suite surmontée, qui continuait de résonner en nous, alors même que nous avions discerné le "véritable" sens de l'affiche. C'est cela la sexualité dans la psychanalyse : non pas l'ultime point de référence, mais le détour par une méprise initiale qui continue de résonner en nous, même après que nous avons saisi le "véritable" sens asexuel des choses.


Il est courant d'évoquer le "pansexualisme" de Freud et de l'interpréter comme l'idée que "quoi que nous disions ou fassions, nous pensons toujours essentiellement à ça" : la référence à l'acte sexuel serait l'ultime horizon de sens.

Pour autant que l'on accepte de faire du rapport sexuel la référence ultime, il est tentant de réécrire toute l'histoire de la philosophie moderne en ces termes :

- Descartes : "Je baise, donc je suis", autrement dit c'est seulement dans l'activité sexuelle intense que j'expérimente la plénitude de mon être (la réponse "décentrée" de Lacan à cette affirmation aurait été : "Je baise là où je ne suis pas, et je ne suis pas là où je baise", autrement dit ce n'est pas moi qui baise, mais "ça baise" en moi) ;
- Spinoza : à l'intérieur de l'Absolu en tant que Baise (coitus sive natura), il faut distinguer, selon la logique de la distinction entre natura naturans et natura naturata, la pénétration active de l'objet baisé - il y a ceux qui baisent et ceux qui sont baisés.
- Hume introduit ici le doute empiriste : comment savons-nous que la baise comme relation existe ? Nous faisons juste l'expérience d'objets dont les mouvements semblent coordonnés.
- La réponse kantienne à cette crise : "les conditions de possibilité de la baise sont en même temps les conditions de possibilité des objets (de) baise" ;
- Fichte radicalise alors la révolution kantienne : baiser est une activité inconditionnelle autopositionnante qui se divise en baiseur et objet baisé, autrement dit c'est le fait même de baiser qui constitue l'objet, le baisé ;
- Hegel : "il est crucial de concevoir la Baise non seulement comme Substance (la pulsion substantielle qui nous envahit), mais également comme Sujet (comme activité réflexive qui prend place au sein du sens spirituel) ;
- Marx : mieux vaut réellement baiser plutôt que de faire de la philosophie idéaliste masturbatoire, autrement dit, comme il le dit littéralement dans L'Idéologie allemande, la vraie vie, la vie réelle, est à la philosophie ce que le sexe réel est à la masturbation ;
- Nietzsche : la Volonté est, dans sa forme la plus radicale, Volonté de Baiser, qui culmine dans l'Eternel Retour du "j'en veux plus", du sexe se poursuivant éternnellement ;
- Heidegger : de la même manière que l'essence de la technologie n'a rien de "technologique", l'essence de la baise n'a rien à voir avec la baise en tant que simple activité ontique ; ou plutôt, "l'essence de la baise est la baise de l'Essence elle-même", ce qui veut dire que ce n'est pas seulement nous, humains, qui niquons notre compréhension de l'Essence, c'est l'Essence qui est déjà en soi niquée (inconsistante, se retirant, errante) ;
- Et cet aperçu de la manière dont l'essence elle-même est niquée, nous conduit en fin de compte à l'affirmation de Lacan : "il n'y a pas de rapport sexuel".


Slavoj Žižek, Lacrimae Rerum

Publié au CGB l'année dernière




La rentrée imminente me pousse à préparer pour tous nos chers enseignants en philosophie un petit guide de philosophie à l'usage de nos "jeunes". Pour se faire, j'ai pris l'exemple du sage parmi les sages, Socrate, dont j'ai illustré la doctrine à travers les us et coutumes de nos "jeunes". Ce qui donne à peu près ceci :

Socrate est un bon muslim, il veut enseigner l'humilité. Tout comme Allah, il prône un altruisme égoïste. Il pense également que la guerre sainte se déroule au coeur de l'âme de chacun, qu'il faut avoir le "soucis de son âme". Dans sa cité (Athènes), il agissait un peu comme un prophète, distillant la bonne parole, le respect de soi et des autres, aux mécréants qui le mettront à mort pour avoir corrompu la jeunesse (un peu comme on fait des procès à Sniper alors qu'on les kiffe) et pour avoir blasphémé sur leurs faux dieux.

Socrate est aussi un fan de bon son, il n'aime pas les baltringues qui veulent juste se faire du pez avec de la merde commerciale. Il kiffe Rohff mais pas Sinik. Pour lui la musique doit se limiter à produire certaines émotions et en exclure d'autres. Pour aller vite, il veut pas de ballades, c'est pour les pédales, faire pleurer c'est bon pour vendre des albums à des gonzesses mais si tu veux faire de la vraie zik t'as intérêt à montrer que t'as des couilles.

Socrate aime la défonce. Le Jack's, il l'aurait bu par litres. Notamment dans le Banquet écrit par Platon, on voit qu'il se met une bonne race avant d'expliquer aux autres pédés et surtout à la reine des folles de l'époque, Alcibiade, qu'il préfère niquer une bonnasse plutôt que de se faire toucher par un pire gay pareil. Quand une greluche en question dénommée Diotime vient lui expliquer que l'amour c'est deux moitiés qui se retrouvent pour ne faire qu'un, il comprend tout de suite le message (le même que dans le dernier clip de Booba ouais) et part donc mettre sa moitié dans la sienne.

Socrate adore le sport. Pour lui un des éléments essentiels de la culture est la préparation physique, en gros c'est un coach quoi, comme Eric Gerets ou Laurent Blanc. Le physique est tellement important pour lui qu'il dit que "la philosophie est la gymnastique de l'âme". Même que son ballon d'or, Platon (qui est un surnom, genre Ronaldo, et qui veut dire en grec "robuste"), a gagné quelques jeux olympiques de l'époque. Bref, Socrate, il aurait kiffé Benzema.


Voilà, bonne chance à nos gentils profs.

Chant Seizième


Aujourd'hui, aujourd'hui de catafalque !
Voici qu'est venue l'époque du bafouement.
Le battu reçoit un chapeau, le chapeau Roi-Esclave.
L'albatros au large vol.
La corde à la patte, attend près d'un seau d'eau.

On a cousu nos frères dans des peaux d'anes.
On a cousu nos frères dans des peaux de porcs.
On a cousu nos frères dans des peaux de porcs.
Et on nous les a renvoyés pour demeurer avec nous.

Oh étranglement...


Henri Michaux, Epreuves, Exorcismes, Marche sous le tunnel.


Allégeance


     Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

     Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

     Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

     Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?


René Char, Fureur et mystère


78 - Au-delà des monts. - Plus que tout autre conte de fées, Blanche-Neige est l'expression parfaite de la nostalgie. La parfaite représentation en est la reine qui voit la neige de sa fenêtre et désire une fille belle comme la beauté inerte et pourtant vivante des flocons, aux cheveux noirs comme le noir de deuil de l'encadrement de sa fenêtre et aux lèvres rouges comme le sang que fait couler la piqûre de l'aiguille ; puis elle meurt en donnant le jour à l'enfant. Même l'heureux dénouement n'efface rien de cette première impression. L'accomplissement du voeu n'est rien d'autre que la mort, et le salut n'est lui-même qu'une illusion. Car une perception plus profonde de la part du lecteur ne lui permet pas de croire que fût effectivement réveillée celle qui semblait dormir dans le cerceuil de verre. Le trognon de pomme empoisonnée que le choc reçu pendant le trajet fait tomber dans son gosier n'est-il pas, plutôt que l'instrument du meurtre, le résidu de sa vie manquée, la trace de son bannissement, et sa guérison ne survient-elle pas juste à l'instant où il n'y a plus de fausses messagères pour la séduire ? De plus, que d'ambiguïté dans le bonheur résumé ainsi : " Alors Blanche-Neige l'aima et le suivit." Quel démenti vient lui infliger la méchante victoire sur la méchanceté. Ainsi, au moment où nous espérons le salut, une voix vient-elle nous dire qu'il est vain d'espérer, c'est pourtant l'espoir, impuissant, qui seul nous permet encore de respirer. Et la plus profonde des méditations et des spéculations ne nous permet guère de faire plus que de retracer les figures ou esquisses toujours nouvelles de l'ambiguïté de la nostalgie. La vérité est inséparable de l'illusion qui nous fait croire qu'un jour pourtant, mine de rien, la salut surgira des figures de l'apparence.


Theodor W. Adorno, Minima Moralia.




Ou Muse défendu contre ses amateurs.


En Septembre dernier sortait un album très attendu, le nouveau Muse : The Resistance. J'aurais pu ajouter "par les fans de Muse", mais au vu de toutes les critiques d'incompétents qui se sont empressés de tirer sur l'ambulance pour se donner l'impression d'être des experts musicaux, je crois que je me serais trompé.

Il faut dire que si certains sont sceptiques quant à la maturité musicale du groupe avec cet album, tout le monde s'accorde à dire que pour ce qui est de la communication, le trio est devenu très doué. Par exemple, le concept de "chasse au trésor" (bon ok ça commence mal...) dans six villes d'Europe pour trouver six morceaux d'un morceau qui assemblées passaient de Ununited States of Eurasia au morceau United States of Eurasia (ah, l'humour britannique). Le problème c'est que même United, le morceau semble Ununited. Le premier titre de cet album révélé par le groupe a, il faut le dire, laissé beaucoup d'oreilles sceptique...jusqu'à aboutir à du n'importe quoi.

Merde, on m'aurait dit il y a trois mois que j'allais défendre le dernier Muse, j'aurais bien rigolé. Mais là, devant la tonne d'inepties à laquelle on a eût droit au sujet de ce disque, je me vois obligé d'essayer de faire pencher la balance du bon côté.

C'est vrai quoi, qu'est-ce qu'on nous a fait chier avec Queen...tous ces ignares qui vous récitent depuis le 14 Septembre (voire avant) que Muse a pompé à mort sur Queen, qu'est-ce que ça nous a gavé. Un connard, Anthony Golay (j'écris son nom, parce qu'il est moche, et parce qu'à un niveau d'incompétence aussi grand, il faut que le monde entier sache son nom) va jusqu'à nous dire : "à l’écoute de "United States of Eurasia" on découvre le Freddy Mercury qui sommeille en Bellamy" (et même qu'il remet ça en plus gros et en gras en plein milieu de l'article, le bougre). "On découvre" ? Non sérieux c'est une blague ? Vous voyez, genre, c'est nouveau quoi. Genre, avant on savait pas...


Il est marrant le mec. Déjà parce qu'on savait depuis un sacré bout de temps que Bellamy adorait Queen, et qu'il suffisait de toute façon d'écouter les précédents albums du groupe, juste pour dire qu'on parle pas dans le vide, pour s'en apercevoir. Ensuite parce qu'il a répété cette rengaine qu'on nous rabâche depuis la sortie de ce morceau sur Queen. En effet, après écoute, ça ressemble pas vraiment à du Queen. Juste deux fois des choeurs style "Galileo figaro-magnifico" dans Bohemian Rhapsody et une descente (même pas un solo hein) de guitare avec le son et le jeu type de Brian May. Sinon je vois pas le rapport entre les deux groupes. Attention je dis pas que ça n'a aucun rapport non plus, moi aussi j'ai pensé à Queen...mais de là à parler de "plagiat" ou de "pompage" et d'en faire la critique principale de l'album... et je vois pas pourquoi on nous dit ça maintenant puisque introduire de la musique classique dans ses morceaux, c'est pas d'aujourd'hui que Muse nous le fait. Eh les gars, dans Absolution il y a une intro et une interlude et Butterflies and Hurricanes hein...Du coup les "fans" du groupe qui nous sortent aussi cette nullité ça a le don d'être assez énervant.

Tous des brelles.

Certains vont jusqu'à comparer la pochette de The Resistance à celle de A Night at the Opera (de Queen donc), non mais vraiment.. A côté de ça personne, absolument personne, ne viendra nous dire que Guilding Light pourrait sortir d'un album de Queen et que le solo est du Brian May tout craché. Personne. Non, décidément, tous des brelles, jamais personne ne voudra parler de musique que lorsqu'il sait de quoi il parle. Et qu'on me sorte pas un truc du genre "chacun ses goûts"...


Tout ce qu'on "découvre" avec cet album, on le savait déjà : les gens qui parlent de musique n'y connaissent généralement rien, et je ne parle pas seulement de "culture", je veux également dire qu'ils ne savent pas écouter de la musique.

Pour le côté "culture" on peut rigoler devant les accusations de plagiat de certains critiques et des fans...personne ne viendra nous dire que Yes fait du plagiat dans Fragile quand MégaloWakeman décide de faire un arrangement de la 4ème Symphonie de Brahms ou que Jethro Tull pompe Bach dans Bourrée...le comble de l'ignardise vient quand un mec des Eternels (site de chroniques musicales) nous explique à propos de la symphonie finale de The Resistance (Exogenesis) que "Les gens qui n'y connaissent rien en classique seront bluffés, par contre... misère." pour nous révèler ensuite concernant le passage en français dans I Belong to You : "et y'a cet immonde passage en français qui m'intrigue. Vite ! Wikipedia, mon amie de toujours. Gné ? C'est un aria de Saint-Saëns, et y'a une Nocturne de Chopin collée au bout de "United States of Eurasia" (je me disais bien que ça me disait quelque chose)." Les gens qui n'y connaissent rien en classique tu disais ...?

Justement, en matière de classique, on peut apprendre grâce aux experts musicaux de tous bords que la troisième partie de Exogenesis est un plagiat du premier mouvement de la sonate numéro 14 opus 27/2 de Beethoven ("Clair de Lune"), de Liszt, de Rachmaninov, de Chopin...en gros de morceaux de piano de compositeurs classiques en adagio...
A noter que si apparemment Muse n'a aucun talent de composition, on ne peut s'empêcher de leur reconnaître un talent presque jamais vu dans la musique de réussir à plagier quelques dizaines de morceaux de grands compositeurs d'époques différentes en même temps.

On nous dit aussi que Undisclosed Desires est un plagiat de Depeche Mode...pour ce genre de truc je vous renvoie au dernier Rammstein, où vous pourrez entendre un véritable plagiat de Depeche Mode avec Haifish (et c'est pas une critique, c'est peut-être un des meilleurs morceaux de ce faible album). Et mieux, je vous renvoie à Never Let Me Down Again, un morceau de Depeche Mode...où ça on pompe Kraftwerk jusqu'à plus soif...à mon avis le titre le plus puissant de Depeche Mode.

Il serait grossier de conclure que le plagiat est le moteur de l'art, des groupes comme Oasis montrant bien que la soupe artistique n'est pas toujours bonne à prendre, mais on peut quand même s'entendre pour dire que l'on ne comprend rien à l'art quand on formule des critiques aussi nulles que celles précitées.

Un aparté alors au sujet de la faiblesse de la critique esthétique actuelle : je n'utilise pas souvent ce genre de mots, mais il est scandaleux qu'un mec comme Pierre Siankowski ait le droit d'écrire des critiques musicales dans un magazine comme les Inrockuptibles (même si tout le monde sait que ce magazine est une daube). Non mais sérieux, il est payé pour écrire ce genre de bouse. C'est lamentable. Un abruti qui n'y connait typiquement rien, en général c'est juste agaçant, mais quand le mec est chroniqueur dans l'un des plus gros magazines musicaux français...ça commence à être choquant. Lire des trucs comme "I Belong to You (sous-titré "Mon coeur s'ouvre à toi", LOL)" de la part d'un mec pareil...l'anonyme des Eternels a au moins le "mérite" d'aller voir sur wikipédia et d'apprendre que "Mon coeur s'ouvre à toi" est un classique de l'opéra. Mais Pierrot lui il est aux Inrocks, et du haut de ses 33 ans il est pas là pour apprendre, et puis c'est vrai qu'il aime que la hip-pop de merde (ce qui n'est pas un pléonasme), donc bon c'est sûr, la Callas ça lui dit pas grand chose...
Non Pierrot, supporter de Metz (qu'est-ce que ça peut nous foutre sérieux ?), lui il est juste là pour tirer sur les ambulances avec toujours les mêmes analyses lourdingues à base de d'humour "LOL" et les mêmes titres pipi-caca. Pour Muse c'est "La grippe A plutôt que Muse", l'année dernière il nous avait déjà fait "Le Buffalo Grill plutôt que Vincent Delerm ?", et pourquoi pas Jean Sarkozy plutôt que Pierre Siankowski ?...ok d'accord moi non plus j'aime pas Vincent Delerm, mais Pierrot Polakski est tellement naze que ça me donne envie d'aimer Vincent "je-suis-un-chanteur-à-texte-mais-mes-textes-sont-affligeants-de-nullité" Delerme...c'est dire. Et le pire c'est qu'à côté de ça il aime Vampire Weekend. Non mais quel naze. Vraiment Pierrot devrait se faire enfermer, et au nom de la musique, on devrait me nommer chroniqueur aux Inrocks à sa place.

Non décidément tous des brelles, car même du côté de l'écoute musicale pure, ça vole pas plus haut. A la rigueur qu'on me dise qu'on aime pas le chant de Bellamy, là je peux comprendre. Mais qu'on soit fan de Muse et qu'on déteste l'album...bon après vous me direz on a les fans qu'on mérite, et c'est vrai que ceux de Muse ont en moyenne la capacité d'écoute musicale d'un poisson rouge. Ok United States of Eurasia est ratée, je veux bien, mais l'album...sérieusement comment on peut adorer le groupe et dire un truc pareil ?

Je m'explique : cet album est l'album d'un groupe qui a rempli deux fois de suite Wembley et s'est alors permis de "se faire plaisir", "sans complexe". Par exemple leur symphonie, ça fait longtemps qu'ils ont envie de la sortir. C'est au moins une qualité sur laquelle tout le monde devrait se mettre d'accord. Et c'est aussi ce qui fait que la salve des fans du groupe contre cet album est idiote : comment critiquer l'album du groupe que l'on adore alors que c'est précisément dans celui-ci qu'il développe toutes les brides d'idées qu'il a eût jusque là ? Dire que cet album est mauvais c'est dire que Muse est mauvais. Vous l'aurez compris, c'est pas spécialement que ça me gênerait de dire ça, mais simplement qu'on arrête de nous emmerder avec toutes les critiques de puceau sur ce disque.

Globalement l'album est malheureusement un peu trop difficile d'accès pour le public habituel d'attardés musiens. On peut donc voir des morceaux comme I Belong To You ou la symphonie Exogenesis se faire maltraiter alors que ces pièces doivent faire partie du top des compositions du groupe.

Uprising, le premier morceau (et premier "vrai" single) est censé être de l'auto-plagiat...pour moi il est juste un titre pop (pas forcément dans le bon sens du terme) très réussi et surtout parfait pour ouvrir un album. Bon après le problème comme souvent avec Muse, c'est que quand Bellamy commence à chanter le morceau semble perde un peu de sa puissance (même si les couplets sont plutôt cool, chantés dans les graves, et non en mode chouniard). Parce que franchement, les 40 secondes d'intro sont du sommet pop. Je crois que les fans de Muse eux-mêmes ont du mal à saisir la force du truc. Bon après le reste du morceau c'est de la "bonne pop" comme on dit. C'est à dire que même si le chant peut paraître chiant, au final on en arrive vite à chantonner le refrain. Mais on se serait bien passé de la dernière minute un peu redondante.

Soit, la deuxième piste de l'album précise le "thème" de l'album. On nous avait parlé avant d'avoir entendu quoi que ce soit de l'influence de 1984 d'Orwell, ici on est fixé puisque Resistance raconte l'histoire d'amour entre Winston et Julia (protagonistes du livre). Contre la "thought police" ils clament ensemble : "Love is our resistance" dans un éclat typique de Bellamy où on aurait envie de le gifler. L'intro au piano fait un peu penser à du U2...mouais...

Undisclosed Desires, censé être un truc entre un plagiat de Depeche Mode et du mauvais r'n'b genre Timbaland est chiante dès le départ. Après les écoutes on peut finir par apprécier le refrain (le seul passage qui ressemble à peu prêt à du Depeche Mode) mais on ne pourra plus supporter le reste du titre...

La quatrième chanson est la si discutée United States of Eurasia. Bon passons sur Queen. Le morceau est assez "pompeux" comme on dit. Disons plutôt grandiloquent. A la rigueur c'est pas un problème en soi, ce qui est dommage c'est surtout qu'il manque de cohésion. On sent que le groupe a pas mal d'idées, ce qui est au départ n'est pas un mal, mais au final ça donne une trop grosse impression de raté. Doublement dommage car certaines idées, certains passages, sont vraiment bons. Et bon donc en outro un nocturne (et non "une", dédicasse à notre "spécialiste" de classique) de Chopin avec un réacteur d'avion...

Qui introduit le morceau suivant : Guilding Light. Autant être clair, c'est le pire morceau de l'album (avec Undisclosed Desires). Pas grand chose à dire, à part que le solo est pas mal. Au suivant.

Unnatural Selection est encore censé être de l'autopompage, ici du "mythique" New Born (Origin of Symmetry). Mouais, certes, le riff de guitare y ressemble dans la construction, mais après il faut être de mauvaise foi pour voir quelconque rapport. Muse joue un peu les bourrins, comme il l'a plus souvent fait en concert qu'en studio. Encore un bon point donc. A la fin c'est carrément du metal (si si). Cool.

Mk Ultra semble indiquer que Muse a décidé de faire un album qui ne devient réellement intéressant qu'à partir de la deuxième moitié. Un titre très efficace, entre pop, electro et heavy. Très efficace, si Muse avait un chanteur moins geignard que Bellamy vous pourriez être sûr qu'un morceau comme celui-ci ferait l'unanimité des amateurs des Beatles à ceux de Metallica. Et le groupe récidive en force en coda.

Peut-être pour renforcer le contraste quand prend place I Belong to You. D'entrée piano bar et gadgets féériques ce morceau semble fonctionner à l'éther pour s'envoler vers le sommet de l'oeuvre du groupe. Car ici à mon avis, Muse franchit tout simplement un cap dans son oeuvre. Sérieusement, et encore une fois, si le chanteur n'était pas celui qu'on connait tout le monde serait d'accord pour reconnaître à quel point ce truc est d'une grande classe. Le solo de clarinette est le plus beau moment de l'album.

Vient alors la fameuse symphonie qui dort dans les brouillons du groupe depuis un certain temps. Exogenesis se compose de trois parties.
Part I (Overture) est construite en crescendo et commence calmement (assez logiquement...) sous les cordes d'un orchestre, symphonique donc. Puis la batterie s'immisce assez naturellement, puis le falsetto de Bellamy qui magiquement, pour une fois, n'est pas horripilant. Le morceau prend encore doucement de l'ampleur avant de voir Dominic Howard jouer les Mike Portnoy.
Puis revient le calme, pour laisser place au piano dans Part II (Cross-pollination). A 1min50s Bellamy décide d'envoyer la sauce pour de bon en nous sortant une montée assez excitante suivant d'un déluge assez bien maîtrisé (rappelons que c'est Bellamy qui s'est occupé de tout dans cette symphonie, se passant même d'un arrangeur classique pour faire tout lui-même et ne pas perdre ce qu'il avait en tête).
Et le calme, comme leitmotiv, réapparait avec Part III (Redemption). Une nouvelle fois, une montée très bien amenée, belle et claire (de lune) ici, bande originale de la rédemption, à 1min35s.

Une symphonie pop qui achève l'album et confirme le sentiment d'une deuxième partie bien plus intéressante que la première. Et montre, avec des morceaux comme I Belong to You, que The Resistance n'est contrairement à ce que l'on dit (que ce soit ceux qui détestent le groupe ou ses adorateurs) pas en reste au niveau des compositions comparé à ses prédécesseurs. Si Muse, nous avaient montré qu'ils pouvaient sortir des morceaux avec à la fois l'héritage d'une construction prog et la simplicité et l'accessibilité typique de la pop, en sortant notamment Knights of Cydonia, sûrement l'un des meilleurs morceaux rock composés ces dix dernières années ; ils confirment cette tendance en l'appuyant avec The Resistance. On ne va donc pas se passer de redire qu'il faut être passablement con pour apprécier ce groupe depuis ses débuts et détester ou déprécier cet album.

Certes, il y a bien quelques faiblesses et l'album est clairement moins homogène que Origin of Symmetry. Mais son caractère hétérogène n'en fait pas nécessairement un moins bon album. Les sommets de l'un survolant quelques fois la qualité d'ensemble de l'autre.


Si c'est loin d'être le groupe qui m'intéresse le plus au final j'ai tout de même bien peur pour eux que Muse ne devienne le nouveau Pink Floyd : groupe au public si chiant et si con qu'il occulte la face cachée d'une lune discographique moins nulle qu'elle n'y parait.

Bref, avec tout ça, on sait toujours pas quelle est l'origine de la symétrie.

Pour vous cher lecteur, voici le nouveau groupe super qui va tout déchirer, composé à la batterie de l'ex-Nirvana (et Foo Fighters) Dave Grohl, au chant et à la guitare de l'ex-Queens of the Stone Age (et Eagles of Death Metal et Kyuss) et (surtout) à la basse de l'ex-Led Zeppelin (celui qui s'en est le mieux sorti en solo des trois anciens membres du meilleur groupe de tous les temps) John Paul Jones :


Comment Steve Lillywhite qui a participé à la conception de So Alone de Johnny Thunders et a produit des trucs comme les premiers XTC ou le premier Siouxsie & The Banshees en est arrivé à produire un des groupes les plus commerciaux dans le mauvais sens du terme, c'est une histoire que j'aimerais bien vous raconter. Mais en fait je m'en fous. Et puis on m'a demandé de chroniquer War, et c'est déjà bien assez chiant comme ça.

Le troisième album du groupe irlandais a acquis un statut d'album culte au fil du temps et la question à laquelle je vais tenter de répondre est : Pourquoi ?

Dans le cas où cette question ne vous intéresse pas je vous donne tout de suite la réponse : j'en sais rien. Cet album est clairement surestimé, comme le groupe qui l'a composé. A vrai dire, U2 est sûrement l'un des groupes les plus surestimés de l'histoire avec les Doors. C'est vrai, U2 c'est quoi au final, un groupe de quatre brelles (point sur lequel tout le monde normalement est à peu prés d'accord, même les fans, quoique forcement on arrive à en trouver quelques uns qui ont sont assez fanatiques pour prétendre le contraire) jouant de la soupe post-punk dans un groupe aux compositions moyennes qui au fil du temps va tourner à la recette et devenir le plus grand groupe de rock pour filles en faisant de le pop dans sa pire manifestation. En plus ils sont irlandais.

Cet album est le meilleur du groupe, et quand certains ne sont pas d'accord pour le dire ils admettent au moins que c'est celui qui est le meilleur au niveau du statut, notamment pour la carrière du groupe(ce qui ne veut pas dire grand chose, mais ce sont des fans de U2 après tout). Deux choses : oui c'est sûrement le meilleur album du groupe (et qu'on ne me réponde pas que c'est Achtung Baby (1991) ou Pop (1997) par pitié) et oui c'est clairement celui qui a fait explosé U2 médiatiquement avec les deux gros tubes Sunday Bloody Sunday et New Year's Day.
Et surtout, c'est celui qu'on va systématiquement vous sortir comme exemple pour vous montrer que U2 "c'est pas si mal", "au début ils ont fait quelques bons albums".

Soit, mais en fait bof...

L'album débute par le tube Sunday Bloody Sunday, qui encore une fois est l'exemple préféré de ceux qui veulent jouer les intéressants et faire croire qu'ils connaissent quelque chose à la musique. En plus c'est super cool il y a une "conscience politique" dans ce morceau qui décrit l'horrible Dimanche (jusque là tout va bien) 30 janvier 1972 à Derry. Ouais, tuer des gens c'est mal, merci U2. Même que le rythme de la batterie est censée symboliser la marche militaire. Sont balèzes les mecs.
Bon à part ça c'est clair que c'est pas mal comme morceau mais ça reste vraiment le cliché du gros tube. C'est à dire qu'on pourra l'aimer un petit moment mais qu'au final ça lassera assez vite, ce qui est assez logique vu que le morceau tourne en rond pendant près de cinq minutes.

C'est pareil pour New Year's Day sauf que ce morceau est encore moins bon que Sunday Bloody Sunday. Il est cependant intéressant pour comprendre ce qui a fait le succès de U2. New Year's Day c'est le morceau "typique à la U2", "le son U2". Du rock simpliste à la sonorité électro, avec la batterie monotone de Larry Mullen, le chant ennuyeusement démonstratif mi-crooner mi-gueulard de Bono et surtout le légendaire The Edge où l'escroquerie guitaristique la plus formidable de l'histoire du rock (ah oui ils ont un bassiste aussi il parait).

Franchement, je veux bien qu'on puisse penser que la technique ne fait pas tout et qu'on aime The Edge pour son style "minimaliste" même si l'on ne connait pas Erik Satie ne serait-ce que de nom, mais il faut pas se foutre de la gueule du monde et arrêter de le faire passer pour un grand guitariste. D'abord la seule technique qu'il a, c'est celle de ses pédales d'effets, ensuite il est incapable de varier son jeu, mais surtout son apport musical au niveau de la composition ou de l'interprétation guitaristique est nul. Super, les arpèges on connaissait déjà, merci mon vieux. Et c'est pas en les jouant avec une grosse saturation ou un son électronique que tu révolutionnes la guitare. Puis cette manie de faire passer sa pauvreté technique pour de l'inspiration c'est ridicule. Comme cette interview où il dit qu'à la fin de With or Without You il aurait pu joué un solo mais qu'il a trouvé que finalement jouer trois notes d'arpèges c'était plus profond. Ok c'est clair que ça aurait sans doute été too much mais faudrait pas nous prendre pour des cons non plus. Hey, même Steve Jones (Sex Pistols) savait faire un solo mec. Et qu'on me réponde "bah t'es pas obligé de faire un solo dans un morceau de rock" ou pire "c'est la preuve que U2 c'est pas un groupe à la mode puisqu'à l'époque tous les groupes de rock abusaient de technique et de solos de guitare" que je rigole, car soi-disant (ce qui ne veut pas dire qu'il ne l'a pas dit, mais qu'il est peut-être tout simplement trop nul pour faire ce qu'il a "choisit" de ne pas faire) monsieur n'est pas démonstratif techniquement parce que...trop de groupes étaient dans ce créneau et qu'il fallait un autre truc pour que U2 se démarque. Ouais, c'est de l'étude de marché, ni plus ni moins. Quand je disais que U2 est "l'un des groupes les plus commerciaux dans le mauvais sens du terme" je ne m'avançais pas trop.

Cool, donc The Edge est une buse ? C'est pas ce que j'ai envie de dire quand j'écoute Like A Song. Putain ce morceau est vraiment bien. Le riff est super, la construction puissante, soutenu par Mullen toujours aussi limité et Bono toujours aussi gueulard mais ici tout colle à merveille. Et puis, oui le solo est d'une simplicité extrême mais merde qu'est-ce qu'il est bien. Le seul petit défaut c'est que la fin peut sembler un peu chiante. Mais c'est clairement le meilleur morceau de l'album et de U2.

Parce qu'après, bon il reste quoi, Seconds, le deuxième titre (l'humour britannique...), où on apprend qu'en fait ils ont un bassiste dans le groupe, un petit rythme sympa qui "balance" mais qui reste anecdotique.
Drowning Man aussi. Au départ ça commence plutôt pas mal, avec une ambiance intéressante appuyée par un chant de Bono sobre cette fois-ci qui fait penser que le tout vient directement d'un groupe de la coldwave (et la production n'a pas rien à voir là-dedans sans doute) mais à l'image de cet album Bono fait tout foirer en gueulant comme un boeuf. Bono, si tu t'en tenais à chanter comme au début de la chanson tu serais un bon garçon, merci. Bref au final c'est chiant.

Puis The Refugee, mon dieu quelle horreur. Two Hearts Beat As One est intéressant, mais pas musicalement. Ce morceau nous fait juste comprendre à quel point cet album et ce groupe sont nuls. Parce que dès le départ on voit que Larry Mullen fait toujours la même chose, et que c'est soporifique. Et puis parce que c'est pareil pour tout le reste du groupe. Et donc musicalement, c'est à chier.

Comme toute la fin de cet album de toute façon.

Red Light est difficile à écouter en entier dans la mesure où on a envie de la zapper dès les premières secondes avec ses petits chants et ses choeurs ridicules qui font office d'introduction avant l'entrée en matière de super-gueulard et de super-boite-à-rythme. Ensuite vient toute la quintessence de la ringardise du rock des 80's...entre (rappellons le) batterie-boîte à rythme, guitare au son insupportable, breaks ridicules juste avant un solo de guitare pourri...et qui a eût l'idée de foutre cette trompette ici ? C'est horrible.

Surrender est nulle et ''40'' aussi, c'est tellement évident que je vais pas me fatiguer plus longtemps parce qu'à ce stade de nullité ça pourrait presqu'en devenir énervant.

Oui U2 c'est naze preuve en est leur album culte. Et puis pour ceux qui voudraient achever de démontrer que U2 est un grand groupe en nous disant qu'il a eût énormément d'influence par la suite on pourra répondre rapidement qu'à par des petits groupes merdiques et les culottes de ses auditrices U2 n'a pas influencé grand monde. Ah si, y a bien le créateur de One Three Hill (les Frères Scott en français) qui a donné ce nom à sa série parce qu'il écoutait le morceau de The Joshua Tree (l'album naze de 1987 avec le super tube With Or Without You) quand il a pensé à sa bouse télévisée. Merci U2 !


Voilà, c'était l'histoire de l'album culte de U2. Un album inécoutable en entier.


_ "How long must we sing this song ?"

_ Too Long.


Vu que je me faisais chier un dimanche je me suis dit : "Tiens, pourquoi t'irais pas voir les gars de Radiohead pour savoir où ils en sont avec leur dernier album ?" Cinq minutes plus tard, j'entre dans le studio et aperçoit un mec assis sur une chaise en train de faire des vas et viens rapides avec sa tête de haut en bas en dépliant et repliant sa main gauche avec plus de vigueur encore. Je lui demande donc où ça en est.

Thom Yorke ne réponds pas : je lui ai parlé dans la mauvaise oreille, c'est alors que Jonny Greenwood alerté par le bruit intense que suscitait pour lui ma question m'a limite tabassé parce que pour lui j'étais un fasciste qui ne luttait pas inlassablement pour l'indépendance du Tibet (puis il est retourné faire des samples débiles). Je passe alors tout de suite dans la pièce adjacente et entend l'autre Greenwood me marmoner "Please could you stop the noise Im trying to get some rest?" avaché devant un dvd de Sigur Ros.

Putain, bonjour la bonne humeur ici. Heureusement, Ed O'Brien est là juste devant moi et il vient à ma rencontre chaleureusement pour me combler. Oui, Radiohead, entre deux rails de prosac en poudre, avance dans l'écriture de son dernier album. Là par exemple ils ont vachement avancé parce qu'un mec est mort et qu'il avait 111 ans, et que du coup ça a grandement ému Thom.

Ed fait pas les choses à moitié, il me file directement le morceau, intitulé Harry Patch (In memory of) :



Oui oui, c'est incroyablement chiant. Mais surtout, il me dit que pour l'instant ils n'ont que ça. Bah merde, moi je voulais ramener un truc plus consistant pour le chroniquer sur mon blog que je lui dis. "Ah ouais, le meilleur blog du monde approuvé par Michel Onfray ?" me balance-t-il rhétoriquement. "Bah t'as qu'à chroniquer In Rainbows (note : le dernier album du groupe), House of Cards ou Go Slowly sont au moins aussi chiante que Harry Patch (parlais-t-il du morceau ou de l'ancien ancêtre, je n'en sais rien). J'ai hâte de lire ça mon vieux. Bon je dois te laisser, on se redit quoi sur MSN ?"

Je repartais donc avec un fardeau sur les épaules, me coltiner les deux disques de cet album chiantissime. Car autant le dire tout de suite au risque de tuer le suspense, cet album est au panthéon des albums les plus chiants de l'histoire. D'ailleurs on pourrait croire que les mecs de Radiohead cherchent à gagner un concours parce qu'avec Hail To The Thief (2003) ils faisaient déjà fort dans le genre. Go To Sleep (au moins ils annoncent la couleur) ou Backdrifts sont battues plusieurs fois sur In Rainbows.

J'aimais bien Radiohead sur OK Computer (1997) et je trouve que Kid A (2000) est vraiment un bon album. Je suis donc allé voir ce groupe en concert, sur la tournée In Rainbows justement. Merde, comment ils étaient manifestement inférieurs les titres de In Rainbows. No surprises qui, il faut le dire sans risquer de passer pour le mec rebelle qui aime pas les tubes, est chiantissime, était le seul morceau du même niveau que ceux d'In Rainbows. Même Street spirit et l'épuisant There There étaient moins lourdingues. En fait, comme sur le premier cd de l'album, seul Jigsaw Falling Into Place était à la hauteur de la carrière du groupe.

Examinons en effet l'album : le premier disque démarre par un le morceau qui sert également de show opener à toute la tournée, 15 Step. Ce titre est à l'image de tous les titres "qui bougent" de Radiohead depuis Amnesiac (2001), c'est à dire qu'il est comme une espèce de trompe l'oeil musical qui a pour but de donner l'impression de "bouger" mais qui au final est aussi chiant qu'un solo de The Edge (U2). Bodysnatchers, la piste suivante, fonctionne selon le même principe. Sans exagérer, passé la minute cette chanson est ennuyeuse. Du coup je ne ferais même pas mention des autres lourdeurs dans le genre de ce double album, comme Weird Fishes/Aperggi ou Bangers and Mash.

On arrive alors à Nude, qui est un truc totalement pop dans la lignée de Coldplay. Enfin un fan de Radiohead crierait au scandale. J'avoue, l'empreinte geignarde de Thom Yorke est trop pressante pour comparer à Coldplay... Sérieusement ce morceau est naze. Cool la mélodie est belle mais qu'est-ce qu'on se fait chier. Tout ce que Thom Yorke essaye de faire là-dessus, sur All I Need ou encore Videotape il n'arrivera réellement à le faire que sur le deuxième disque avec Last Flowers qui montre que quand il le maîtrise un peu, son côté geignard peut donner quelque chose de vraiment beau. De même que pour les titres "qui bougent", le groupe n'arrivera à ce qu'il veut (en considèrant qu'il ne fait pas exprès de faire des "trompe l'oeil musicaux") que sur Jigsaw Falling Into Place.

Cet album pour moi c'est ça, deux morceaux, un qui remue bien et un autre émouvant. Bien sûr, je trouve que des trucs comme Faust Arp, Reckoner ou Bangers and Mash s'en sortent plutôt pas mal à l'écoute de l'album. Mais l'impression systématique que ces morceaux ne sont bons que parce que le reste est chiantissime (jamais deux sans trois, et puis c'est un des albums les plus ***** de l'histoire je vous dit) empêche définitivement d'en faire plus que des trucs passables. Un album définitivement en dessous de ce que sait faire le groupe (oui je sais pour certains ça fait de cette album une sombre bouse).

Un dimanche soir récent je suis allé au McDo pas très loin de chez moi. Faut dire que j'habite dans ce qu'on appelle "l'hypercentre" donc à peu près tout n'est pas très loin de chez moi. Je me rappelle de ce soir là car bien que j'aille régulièrement voir Ronald cette fois-ci j'ai pu entendre The Number of the Beast de Iron Maiden. J'ai trouvé ça bizarre, pour moi Iron Maiden c'est plutôt le genre de truc que tu peux entendre qu'à la maison.

Hypercentre.

Ça ressemble à hypermarché dans le concept. Plus de produits, plus de gens, plus de "vie". L'hypercentre ou l'hypermarché même combat : "On y trouve tout". C'est typiquement le moment où le faux l'emporte sur le vrai. En fait l'hypermarché se veut justement ressembler à un centre-ville très dense, une "ville dans la ville". Tout est fait pour ça, on recrute la boulangère du quartier pour la foutre à l'entrée de la "ville", on installe un bistrot un peu cheap pour faire "comme si" et dans les rayons on accumule tout ce qui peut être consommé, "comme si" toutes les boutiques de la ville étaient concentrées au même endroit. L'hypermarché est né, le "comme si" de la ville, le simulacre de la ville.

Soit.

Mais là où le faux l'emporte sur le vrai c'est quand le simulacre devient réel et le réel devient simulacre. Car les parenthèses n'entourent plus l'hypermarché. C'est bien "l'hypercentre" qui est devenu simulacre d'hypermarché. La consommation est une machine bien rodée, un système vide qui s'auto-alimente en tournant sur lui-même. Chercher un appartement en "hypercentre" c'est "comme si" on voulait avoir un hypermarché à côté de chez soi.

Bien sûr dans un grand pré-fabriqué on se sent moins bien qu'à la maison.

Alors oui "l'hypercentre" est le nouvel hypermarché, le dernier cri de la modernité. On y installe tout ce que la société de consommation a créé de toute pièce, mais "chez soi". Un Starbucks, un McDonald's, une Fnac. On y trouve des "boutiques" aussi évidemment. Pour faire "comme si" on avait des petits artisans ou vendeurs, comme dans le village de grand-père et grand-mère...et comme dans l'hypermarché.

Dans "l'hypercentre" on trouve tout pas très loin de chez soi, mais c'est aussi parce qu'on s'y sent un peu partout "comme chez soi".

Sur place ou à emporter, ça change quoi au final ? Dans les deux cas, on pourra manger son Big Mac en écoutant Iron Maiden.