Durant l'été 2000, une affiche publicitaire choquante était placardée dans toutes les grandes villes d'Allemagne : elle montrait une fille au sortir de l'adolescence, en position assise, une télécommande de télévision à la main, qui fixait les spectateurs avec un regard résigné et en même temps provocateur ; sa jupe ne couvrait pas complètement ses jambes légèrement entrouvertes, de sorte que la tâche sombre entre ses cuisses était clairement visible. Cette grand photo était accompagnée des mots "Kauf mich !" ("Achète-moi !"). De quoi cette affiche faisait-elle donc la publicité ? Une observation plus approfondie nous révélait qu'elle n'avait absolument rien à voir avec la sexualité : elle tentait d'encourager les jeunes gens à jouer en bourse et à acheter des actions. Elle fonctionnait donc à deux niveaux, nous donnais d'abord à nous, spectateurs, l'impression d'être incités à acheter la jeune fille (visiblement pour des faveurs sexuelles) avant de délivrer son "véritable" message : elle est ce qui opère l'achat, non celle qui est à vendre. Bien sûr, l'efficacité de l'affiche reposait sur la "méprise" initiale, par la suite surmontée, qui continuait de résonner en nous, alors même que nous avions discerné le "véritable" sens de l'affiche. C'est cela la sexualité dans la psychanalyse : non pas l'ultime point de référence, mais le détour par une méprise initiale qui continue de résonner en nous, même après que nous avons saisi le "véritable" sens asexuel des choses.


Il est courant d'évoquer le "pansexualisme" de Freud et de l'interpréter comme l'idée que "quoi que nous disions ou fassions, nous pensons toujours essentiellement à ça" : la référence à l'acte sexuel serait l'ultime horizon de sens.

Pour autant que l'on accepte de faire du rapport sexuel la référence ultime, il est tentant de réécrire toute l'histoire de la philosophie moderne en ces termes :

- Descartes : "Je baise, donc je suis", autrement dit c'est seulement dans l'activité sexuelle intense que j'expérimente la plénitude de mon être (la réponse "décentrée" de Lacan à cette affirmation aurait été : "Je baise là où je ne suis pas, et je ne suis pas là où je baise", autrement dit ce n'est pas moi qui baise, mais "ça baise" en moi) ;
- Spinoza : à l'intérieur de l'Absolu en tant que Baise (coitus sive natura), il faut distinguer, selon la logique de la distinction entre natura naturans et natura naturata, la pénétration active de l'objet baisé - il y a ceux qui baisent et ceux qui sont baisés.
- Hume introduit ici le doute empiriste : comment savons-nous que la baise comme relation existe ? Nous faisons juste l'expérience d'objets dont les mouvements semblent coordonnés.
- La réponse kantienne à cette crise : "les conditions de possibilité de la baise sont en même temps les conditions de possibilité des objets (de) baise" ;
- Fichte radicalise alors la révolution kantienne : baiser est une activité inconditionnelle autopositionnante qui se divise en baiseur et objet baisé, autrement dit c'est le fait même de baiser qui constitue l'objet, le baisé ;
- Hegel : "il est crucial de concevoir la Baise non seulement comme Substance (la pulsion substantielle qui nous envahit), mais également comme Sujet (comme activité réflexive qui prend place au sein du sens spirituel) ;
- Marx : mieux vaut réellement baiser plutôt que de faire de la philosophie idéaliste masturbatoire, autrement dit, comme il le dit littéralement dans L'Idéologie allemande, la vraie vie, la vie réelle, est à la philosophie ce que le sexe réel est à la masturbation ;
- Nietzsche : la Volonté est, dans sa forme la plus radicale, Volonté de Baiser, qui culmine dans l'Eternel Retour du "j'en veux plus", du sexe se poursuivant éternnellement ;
- Heidegger : de la même manière que l'essence de la technologie n'a rien de "technologique", l'essence de la baise n'a rien à voir avec la baise en tant que simple activité ontique ; ou plutôt, "l'essence de la baise est la baise de l'Essence elle-même", ce qui veut dire que ce n'est pas seulement nous, humains, qui niquons notre compréhension de l'Essence, c'est l'Essence qui est déjà en soi niquée (inconsistante, se retirant, errante) ;
- Et cet aperçu de la manière dont l'essence elle-même est niquée, nous conduit en fin de compte à l'affirmation de Lacan : "il n'y a pas de rapport sexuel".


Slavoj Žižek, Lacrimae Rerum

Publié au CGB l'année dernière




La rentrée imminente me pousse à préparer pour tous nos chers enseignants en philosophie un petit guide de philosophie à l'usage de nos "jeunes". Pour se faire, j'ai pris l'exemple du sage parmi les sages, Socrate, dont j'ai illustré la doctrine à travers les us et coutumes de nos "jeunes". Ce qui donne à peu près ceci :

Socrate est un bon muslim, il veut enseigner l'humilité. Tout comme Allah, il prône un altruisme égoïste. Il pense également que la guerre sainte se déroule au coeur de l'âme de chacun, qu'il faut avoir le "soucis de son âme". Dans sa cité (Athènes), il agissait un peu comme un prophète, distillant la bonne parole, le respect de soi et des autres, aux mécréants qui le mettront à mort pour avoir corrompu la jeunesse (un peu comme on fait des procès à Sniper alors qu'on les kiffe) et pour avoir blasphémé sur leurs faux dieux.

Socrate est aussi un fan de bon son, il n'aime pas les baltringues qui veulent juste se faire du pez avec de la merde commerciale. Il kiffe Rohff mais pas Sinik. Pour lui la musique doit se limiter à produire certaines émotions et en exclure d'autres. Pour aller vite, il veut pas de ballades, c'est pour les pédales, faire pleurer c'est bon pour vendre des albums à des gonzesses mais si tu veux faire de la vraie zik t'as intérêt à montrer que t'as des couilles.

Socrate aime la défonce. Le Jack's, il l'aurait bu par litres. Notamment dans le Banquet écrit par Platon, on voit qu'il se met une bonne race avant d'expliquer aux autres pédés et surtout à la reine des folles de l'époque, Alcibiade, qu'il préfère niquer une bonnasse plutôt que de se faire toucher par un pire gay pareil. Quand une greluche en question dénommée Diotime vient lui expliquer que l'amour c'est deux moitiés qui se retrouvent pour ne faire qu'un, il comprend tout de suite le message (le même que dans le dernier clip de Booba ouais) et part donc mettre sa moitié dans la sienne.

Socrate adore le sport. Pour lui un des éléments essentiels de la culture est la préparation physique, en gros c'est un coach quoi, comme Eric Gerets ou Laurent Blanc. Le physique est tellement important pour lui qu'il dit que "la philosophie est la gymnastique de l'âme". Même que son ballon d'or, Platon (qui est un surnom, genre Ronaldo, et qui veut dire en grec "robuste"), a gagné quelques jeux olympiques de l'époque. Bref, Socrate, il aurait kiffé Benzema.


Voilà, bonne chance à nos gentils profs.

Chant Seizième


Aujourd'hui, aujourd'hui de catafalque !
Voici qu'est venue l'époque du bafouement.
Le battu reçoit un chapeau, le chapeau Roi-Esclave.
L'albatros au large vol.
La corde à la patte, attend près d'un seau d'eau.

On a cousu nos frères dans des peaux d'anes.
On a cousu nos frères dans des peaux de porcs.
On a cousu nos frères dans des peaux de porcs.
Et on nous les a renvoyés pour demeurer avec nous.

Oh étranglement...


Henri Michaux, Epreuves, Exorcismes, Marche sous le tunnel.


Allégeance


     Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

     Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

     Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

     Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?


René Char, Fureur et mystère


78 - Au-delà des monts. - Plus que tout autre conte de fées, Blanche-Neige est l'expression parfaite de la nostalgie. La parfaite représentation en est la reine qui voit la neige de sa fenêtre et désire une fille belle comme la beauté inerte et pourtant vivante des flocons, aux cheveux noirs comme le noir de deuil de l'encadrement de sa fenêtre et aux lèvres rouges comme le sang que fait couler la piqûre de l'aiguille ; puis elle meurt en donnant le jour à l'enfant. Même l'heureux dénouement n'efface rien de cette première impression. L'accomplissement du voeu n'est rien d'autre que la mort, et le salut n'est lui-même qu'une illusion. Car une perception plus profonde de la part du lecteur ne lui permet pas de croire que fût effectivement réveillée celle qui semblait dormir dans le cerceuil de verre. Le trognon de pomme empoisonnée que le choc reçu pendant le trajet fait tomber dans son gosier n'est-il pas, plutôt que l'instrument du meurtre, le résidu de sa vie manquée, la trace de son bannissement, et sa guérison ne survient-elle pas juste à l'instant où il n'y a plus de fausses messagères pour la séduire ? De plus, que d'ambiguïté dans le bonheur résumé ainsi : " Alors Blanche-Neige l'aima et le suivit." Quel démenti vient lui infliger la méchante victoire sur la méchanceté. Ainsi, au moment où nous espérons le salut, une voix vient-elle nous dire qu'il est vain d'espérer, c'est pourtant l'espoir, impuissant, qui seul nous permet encore de respirer. Et la plus profonde des méditations et des spéculations ne nous permet guère de faire plus que de retracer les figures ou esquisses toujours nouvelles de l'ambiguïté de la nostalgie. La vérité est inséparable de l'illusion qui nous fait croire qu'un jour pourtant, mine de rien, la salut surgira des figures de l'apparence.


Theodor W. Adorno, Minima Moralia.




Ou Muse défendu contre ses amateurs.


En Septembre dernier sortait un album très attendu, le nouveau Muse : The Resistance. J'aurais pu ajouter "par les fans de Muse", mais au vu de toutes les critiques d'incompétents qui se sont empressés de tirer sur l'ambulance pour se donner l'impression d'être des experts musicaux, je crois que je me serais trompé.

Il faut dire que si certains sont sceptiques quant à la maturité musicale du groupe avec cet album, tout le monde s'accorde à dire que pour ce qui est de la communication, le trio est devenu très doué. Par exemple, le concept de "chasse au trésor" (bon ok ça commence mal...) dans six villes d'Europe pour trouver six morceaux d'un morceau qui assemblées passaient de Ununited States of Eurasia au morceau United States of Eurasia (ah, l'humour britannique). Le problème c'est que même United, le morceau semble Ununited. Le premier titre de cet album révélé par le groupe a, il faut le dire, laissé beaucoup d'oreilles sceptique...jusqu'à aboutir à du n'importe quoi.

Merde, on m'aurait dit il y a trois mois que j'allais défendre le dernier Muse, j'aurais bien rigolé. Mais là, devant la tonne d'inepties à laquelle on a eût droit au sujet de ce disque, je me vois obligé d'essayer de faire pencher la balance du bon côté.

C'est vrai quoi, qu'est-ce qu'on nous a fait chier avec Queen...tous ces ignares qui vous récitent depuis le 14 Septembre (voire avant) que Muse a pompé à mort sur Queen, qu'est-ce que ça nous a gavé. Un connard, Anthony Golay (j'écris son nom, parce qu'il est moche, et parce qu'à un niveau d'incompétence aussi grand, il faut que le monde entier sache son nom) va jusqu'à nous dire : "à l’écoute de "United States of Eurasia" on découvre le Freddy Mercury qui sommeille en Bellamy" (et même qu'il remet ça en plus gros et en gras en plein milieu de l'article, le bougre). "On découvre" ? Non sérieux c'est une blague ? Vous voyez, genre, c'est nouveau quoi. Genre, avant on savait pas...


Il est marrant le mec. Déjà parce qu'on savait depuis un sacré bout de temps que Bellamy adorait Queen, et qu'il suffisait de toute façon d'écouter les précédents albums du groupe, juste pour dire qu'on parle pas dans le vide, pour s'en apercevoir. Ensuite parce qu'il a répété cette rengaine qu'on nous rabâche depuis la sortie de ce morceau sur Queen. En effet, après écoute, ça ressemble pas vraiment à du Queen. Juste deux fois des choeurs style "Galileo figaro-magnifico" dans Bohemian Rhapsody et une descente (même pas un solo hein) de guitare avec le son et le jeu type de Brian May. Sinon je vois pas le rapport entre les deux groupes. Attention je dis pas que ça n'a aucun rapport non plus, moi aussi j'ai pensé à Queen...mais de là à parler de "plagiat" ou de "pompage" et d'en faire la critique principale de l'album... et je vois pas pourquoi on nous dit ça maintenant puisque introduire de la musique classique dans ses morceaux, c'est pas d'aujourd'hui que Muse nous le fait. Eh les gars, dans Absolution il y a une intro et une interlude et Butterflies and Hurricanes hein...Du coup les "fans" du groupe qui nous sortent aussi cette nullité ça a le don d'être assez énervant.

Tous des brelles.

Certains vont jusqu'à comparer la pochette de The Resistance à celle de A Night at the Opera (de Queen donc), non mais vraiment.. A côté de ça personne, absolument personne, ne viendra nous dire que Guilding Light pourrait sortir d'un album de Queen et que le solo est du Brian May tout craché. Personne. Non, décidément, tous des brelles, jamais personne ne voudra parler de musique que lorsqu'il sait de quoi il parle. Et qu'on me sorte pas un truc du genre "chacun ses goûts"...


Tout ce qu'on "découvre" avec cet album, on le savait déjà : les gens qui parlent de musique n'y connaissent généralement rien, et je ne parle pas seulement de "culture", je veux également dire qu'ils ne savent pas écouter de la musique.

Pour le côté "culture" on peut rigoler devant les accusations de plagiat de certains critiques et des fans...personne ne viendra nous dire que Yes fait du plagiat dans Fragile quand MégaloWakeman décide de faire un arrangement de la 4ème Symphonie de Brahms ou que Jethro Tull pompe Bach dans Bourrée...le comble de l'ignardise vient quand un mec des Eternels (site de chroniques musicales) nous explique à propos de la symphonie finale de The Resistance (Exogenesis) que "Les gens qui n'y connaissent rien en classique seront bluffés, par contre... misère." pour nous révèler ensuite concernant le passage en français dans I Belong to You : "et y'a cet immonde passage en français qui m'intrigue. Vite ! Wikipedia, mon amie de toujours. Gné ? C'est un aria de Saint-Saëns, et y'a une Nocturne de Chopin collée au bout de "United States of Eurasia" (je me disais bien que ça me disait quelque chose)." Les gens qui n'y connaissent rien en classique tu disais ...?

Justement, en matière de classique, on peut apprendre grâce aux experts musicaux de tous bords que la troisième partie de Exogenesis est un plagiat du premier mouvement de la sonate numéro 14 opus 27/2 de Beethoven ("Clair de Lune"), de Liszt, de Rachmaninov, de Chopin...en gros de morceaux de piano de compositeurs classiques en adagio...
A noter que si apparemment Muse n'a aucun talent de composition, on ne peut s'empêcher de leur reconnaître un talent presque jamais vu dans la musique de réussir à plagier quelques dizaines de morceaux de grands compositeurs d'époques différentes en même temps.

On nous dit aussi que Undisclosed Desires est un plagiat de Depeche Mode...pour ce genre de truc je vous renvoie au dernier Rammstein, où vous pourrez entendre un véritable plagiat de Depeche Mode avec Haifish (et c'est pas une critique, c'est peut-être un des meilleurs morceaux de ce faible album). Et mieux, je vous renvoie à Never Let Me Down Again, un morceau de Depeche Mode...où ça on pompe Kraftwerk jusqu'à plus soif...à mon avis le titre le plus puissant de Depeche Mode.

Il serait grossier de conclure que le plagiat est le moteur de l'art, des groupes comme Oasis montrant bien que la soupe artistique n'est pas toujours bonne à prendre, mais on peut quand même s'entendre pour dire que l'on ne comprend rien à l'art quand on formule des critiques aussi nulles que celles précitées.

Un aparté alors au sujet de la faiblesse de la critique esthétique actuelle : je n'utilise pas souvent ce genre de mots, mais il est scandaleux qu'un mec comme Pierre Siankowski ait le droit d'écrire des critiques musicales dans un magazine comme les Inrockuptibles (même si tout le monde sait que ce magazine est une daube). Non mais sérieux, il est payé pour écrire ce genre de bouse. C'est lamentable. Un abruti qui n'y connait typiquement rien, en général c'est juste agaçant, mais quand le mec est chroniqueur dans l'un des plus gros magazines musicaux français...ça commence à être choquant. Lire des trucs comme "I Belong to You (sous-titré "Mon coeur s'ouvre à toi", LOL)" de la part d'un mec pareil...l'anonyme des Eternels a au moins le "mérite" d'aller voir sur wikipédia et d'apprendre que "Mon coeur s'ouvre à toi" est un classique de l'opéra. Mais Pierrot lui il est aux Inrocks, et du haut de ses 33 ans il est pas là pour apprendre, et puis c'est vrai qu'il aime que la hip-pop de merde (ce qui n'est pas un pléonasme), donc bon c'est sûr, la Callas ça lui dit pas grand chose...
Non Pierrot, supporter de Metz (qu'est-ce que ça peut nous foutre sérieux ?), lui il est juste là pour tirer sur les ambulances avec toujours les mêmes analyses lourdingues à base de d'humour "LOL" et les mêmes titres pipi-caca. Pour Muse c'est "La grippe A plutôt que Muse", l'année dernière il nous avait déjà fait "Le Buffalo Grill plutôt que Vincent Delerm ?", et pourquoi pas Jean Sarkozy plutôt que Pierre Siankowski ?...ok d'accord moi non plus j'aime pas Vincent Delerm, mais Pierrot Polakski est tellement naze que ça me donne envie d'aimer Vincent "je-suis-un-chanteur-à-texte-mais-mes-textes-sont-affligeants-de-nullité" Delerme...c'est dire. Et le pire c'est qu'à côté de ça il aime Vampire Weekend. Non mais quel naze. Vraiment Pierrot devrait se faire enfermer, et au nom de la musique, on devrait me nommer chroniqueur aux Inrocks à sa place.

Non décidément tous des brelles, car même du côté de l'écoute musicale pure, ça vole pas plus haut. A la rigueur qu'on me dise qu'on aime pas le chant de Bellamy, là je peux comprendre. Mais qu'on soit fan de Muse et qu'on déteste l'album...bon après vous me direz on a les fans qu'on mérite, et c'est vrai que ceux de Muse ont en moyenne la capacité d'écoute musicale d'un poisson rouge. Ok United States of Eurasia est ratée, je veux bien, mais l'album...sérieusement comment on peut adorer le groupe et dire un truc pareil ?

Je m'explique : cet album est l'album d'un groupe qui a rempli deux fois de suite Wembley et s'est alors permis de "se faire plaisir", "sans complexe". Par exemple leur symphonie, ça fait longtemps qu'ils ont envie de la sortir. C'est au moins une qualité sur laquelle tout le monde devrait se mettre d'accord. Et c'est aussi ce qui fait que la salve des fans du groupe contre cet album est idiote : comment critiquer l'album du groupe que l'on adore alors que c'est précisément dans celui-ci qu'il développe toutes les brides d'idées qu'il a eût jusque là ? Dire que cet album est mauvais c'est dire que Muse est mauvais. Vous l'aurez compris, c'est pas spécialement que ça me gênerait de dire ça, mais simplement qu'on arrête de nous emmerder avec toutes les critiques de puceau sur ce disque.

Globalement l'album est malheureusement un peu trop difficile d'accès pour le public habituel d'attardés musiens. On peut donc voir des morceaux comme I Belong To You ou la symphonie Exogenesis se faire maltraiter alors que ces pièces doivent faire partie du top des compositions du groupe.

Uprising, le premier morceau (et premier "vrai" single) est censé être de l'auto-plagiat...pour moi il est juste un titre pop (pas forcément dans le bon sens du terme) très réussi et surtout parfait pour ouvrir un album. Bon après le problème comme souvent avec Muse, c'est que quand Bellamy commence à chanter le morceau semble perde un peu de sa puissance (même si les couplets sont plutôt cool, chantés dans les graves, et non en mode chouniard). Parce que franchement, les 40 secondes d'intro sont du sommet pop. Je crois que les fans de Muse eux-mêmes ont du mal à saisir la force du truc. Bon après le reste du morceau c'est de la "bonne pop" comme on dit. C'est à dire que même si le chant peut paraître chiant, au final on en arrive vite à chantonner le refrain. Mais on se serait bien passé de la dernière minute un peu redondante.

Soit, la deuxième piste de l'album précise le "thème" de l'album. On nous avait parlé avant d'avoir entendu quoi que ce soit de l'influence de 1984 d'Orwell, ici on est fixé puisque Resistance raconte l'histoire d'amour entre Winston et Julia (protagonistes du livre). Contre la "thought police" ils clament ensemble : "Love is our resistance" dans un éclat typique de Bellamy où on aurait envie de le gifler. L'intro au piano fait un peu penser à du U2...mouais...

Undisclosed Desires, censé être un truc entre un plagiat de Depeche Mode et du mauvais r'n'b genre Timbaland est chiante dès le départ. Après les écoutes on peut finir par apprécier le refrain (le seul passage qui ressemble à peu prêt à du Depeche Mode) mais on ne pourra plus supporter le reste du titre...

La quatrième chanson est la si discutée United States of Eurasia. Bon passons sur Queen. Le morceau est assez "pompeux" comme on dit. Disons plutôt grandiloquent. A la rigueur c'est pas un problème en soi, ce qui est dommage c'est surtout qu'il manque de cohésion. On sent que le groupe a pas mal d'idées, ce qui est au départ n'est pas un mal, mais au final ça donne une trop grosse impression de raté. Doublement dommage car certaines idées, certains passages, sont vraiment bons. Et bon donc en outro un nocturne (et non "une", dédicasse à notre "spécialiste" de classique) de Chopin avec un réacteur d'avion...

Qui introduit le morceau suivant : Guilding Light. Autant être clair, c'est le pire morceau de l'album (avec Undisclosed Desires). Pas grand chose à dire, à part que le solo est pas mal. Au suivant.

Unnatural Selection est encore censé être de l'autopompage, ici du "mythique" New Born (Origin of Symmetry). Mouais, certes, le riff de guitare y ressemble dans la construction, mais après il faut être de mauvaise foi pour voir quelconque rapport. Muse joue un peu les bourrins, comme il l'a plus souvent fait en concert qu'en studio. Encore un bon point donc. A la fin c'est carrément du metal (si si). Cool.

Mk Ultra semble indiquer que Muse a décidé de faire un album qui ne devient réellement intéressant qu'à partir de la deuxième moitié. Un titre très efficace, entre pop, electro et heavy. Très efficace, si Muse avait un chanteur moins geignard que Bellamy vous pourriez être sûr qu'un morceau comme celui-ci ferait l'unanimité des amateurs des Beatles à ceux de Metallica. Et le groupe récidive en force en coda.

Peut-être pour renforcer le contraste quand prend place I Belong to You. D'entrée piano bar et gadgets féériques ce morceau semble fonctionner à l'éther pour s'envoler vers le sommet de l'oeuvre du groupe. Car ici à mon avis, Muse franchit tout simplement un cap dans son oeuvre. Sérieusement, et encore une fois, si le chanteur n'était pas celui qu'on connait tout le monde serait d'accord pour reconnaître à quel point ce truc est d'une grande classe. Le solo de clarinette est le plus beau moment de l'album.

Vient alors la fameuse symphonie qui dort dans les brouillons du groupe depuis un certain temps. Exogenesis se compose de trois parties.
Part I (Overture) est construite en crescendo et commence calmement (assez logiquement...) sous les cordes d'un orchestre, symphonique donc. Puis la batterie s'immisce assez naturellement, puis le falsetto de Bellamy qui magiquement, pour une fois, n'est pas horripilant. Le morceau prend encore doucement de l'ampleur avant de voir Dominic Howard jouer les Mike Portnoy.
Puis revient le calme, pour laisser place au piano dans Part II (Cross-pollination). A 1min50s Bellamy décide d'envoyer la sauce pour de bon en nous sortant une montée assez excitante suivant d'un déluge assez bien maîtrisé (rappelons que c'est Bellamy qui s'est occupé de tout dans cette symphonie, se passant même d'un arrangeur classique pour faire tout lui-même et ne pas perdre ce qu'il avait en tête).
Et le calme, comme leitmotiv, réapparait avec Part III (Redemption). Une nouvelle fois, une montée très bien amenée, belle et claire (de lune) ici, bande originale de la rédemption, à 1min35s.

Une symphonie pop qui achève l'album et confirme le sentiment d'une deuxième partie bien plus intéressante que la première. Et montre, avec des morceaux comme I Belong to You, que The Resistance n'est contrairement à ce que l'on dit (que ce soit ceux qui détestent le groupe ou ses adorateurs) pas en reste au niveau des compositions comparé à ses prédécesseurs. Si Muse, nous avaient montré qu'ils pouvaient sortir des morceaux avec à la fois l'héritage d'une construction prog et la simplicité et l'accessibilité typique de la pop, en sortant notamment Knights of Cydonia, sûrement l'un des meilleurs morceaux rock composés ces dix dernières années ; ils confirment cette tendance en l'appuyant avec The Resistance. On ne va donc pas se passer de redire qu'il faut être passablement con pour apprécier ce groupe depuis ses débuts et détester ou déprécier cet album.

Certes, il y a bien quelques faiblesses et l'album est clairement moins homogène que Origin of Symmetry. Mais son caractère hétérogène n'en fait pas nécessairement un moins bon album. Les sommets de l'un survolant quelques fois la qualité d'ensemble de l'autre.


Si c'est loin d'être le groupe qui m'intéresse le plus au final j'ai tout de même bien peur pour eux que Muse ne devienne le nouveau Pink Floyd : groupe au public si chiant et si con qu'il occulte la face cachée d'une lune discographique moins nulle qu'elle n'y parait.

Bref, avec tout ça, on sait toujours pas quelle est l'origine de la symétrie.